Critique Off - DOLEANCES, de la colère à l'oubli

Doléances s’ancre dans la crise des Gilets jaunes, moment de fracture sociale qui a vu émerger, fin 2018, une parole citoyenne d’une ampleur inédite depuis la Révolution française. À partir des cahiers de doléances ouverts dans les mairies, la compagnie Artépo a mené un patient travail de recherche dans les archives, notamment à Amiens, pour exhumer ces écrits bruts, intimes et politiques.
Ce matériau, rare et précieux, devient ici le socle du spectacle. Stanislas Roquette construit une forme théâtrale dense que trois comédiens portent avec une justesse remarquable. Leur jeu, profondément incarné, donne chair à une mosaïque de voix françaises, tour à tour révoltées, fragiles, ironiques ou désespérées. On est frappé par la vitalité politique qui traverse ces textes, loin du cliché d’un désengagement citoyen.
La mise en regard avec les discours présidentiels esquisse un dialogue qui, peu à peu, se fissure. Car la promesse d’écoute se révèle n’être qu’un simulacre : la parole circule, mais ne rencontre aucun répondant. La chute du spectacle, percutante, vient cristalliser ce sentiment d’abandon. L’irruption de l’incendie de Notre-Dame, qui supplante la restitution attendue, agit comme un coup de théâtre tragique qui étouffe soudain la parole populaire.
Ce basculement laisse une impression durable de vanité. Que reste-t-il de cette immense consultation ? Presque rien, sinon un silence assourdissant. Et ce silence, précisément, inquiète : n’annonce-t-il pas, en creux, les colères à venir ?
Enric Dausset
Dans le Off
Doléances, d’après les cahiers de doléances du Grand Débat National (2019), mise en scène Stanislas Roquette, avec Nedjma Berchiche, Marc Lamigeon, Emmanuelle Ramu, Marie Ripoll Cie Artepo. Théâtre du Train Bleu, 40 rue Paul Saïn 84000 Avignon, du 4 au 23/07 (sauf 13 et 20/07), à 14h20
Ce matériau, rare et précieux, devient ici le socle du spectacle. Stanislas Roquette construit une forme théâtrale dense que trois comédiens portent avec une justesse remarquable. Leur jeu, profondément incarné, donne chair à une mosaïque de voix françaises, tour à tour révoltées, fragiles, ironiques ou désespérées. On est frappé par la vitalité politique qui traverse ces textes, loin du cliché d’un désengagement citoyen.
La mise en regard avec les discours présidentiels esquisse un dialogue qui, peu à peu, se fissure. Car la promesse d’écoute se révèle n’être qu’un simulacre : la parole circule, mais ne rencontre aucun répondant. La chute du spectacle, percutante, vient cristalliser ce sentiment d’abandon. L’irruption de l’incendie de Notre-Dame, qui supplante la restitution attendue, agit comme un coup de théâtre tragique qui étouffe soudain la parole populaire.
Ce basculement laisse une impression durable de vanité. Que reste-t-il de cette immense consultation ? Presque rien, sinon un silence assourdissant. Et ce silence, précisément, inquiète : n’annonce-t-il pas, en creux, les colères à venir ?
Enric Dausset
Dans le Off
Doléances, d’après les cahiers de doléances du Grand Débat National (2019), mise en scène Stanislas Roquette, avec Nedjma Berchiche, Marc Lamigeon, Emmanuelle Ramu, Marie Ripoll Cie Artepo. Théâtre du Train Bleu, 40 rue Paul Saïn 84000 Avignon, du 4 au 23/07 (sauf 13 et 20/07), à 14h20