Critique In - MON FRERE - il suffira d'un signe

Même œil qui frise, même sourire d’enfant, même coupe de cheveux courte et grisonnante, même tenue (tee-shirt et pantalon noirs), ils se ressemblent furieusement. L’un, un peu plus charpenté que l’autre, moins longiligne, est au centre du plateau pendant que le second, à jardin, le couve du regard. Le premier est le frère cadet, il s’appelle Christian Grémaud. Le second, François Grémaud, nous le connaissons bien, pour nous avoir offert (notamment) une flamboyante trilogie de portraits de femmes, tout sauf académiques : Carmen, Phèdre et Gisèle. Cette fois, il s’attèle à une entreprise plus intime. Rendre hommage à son frère, lui rendre justice en quelque sorte, en contant son existence chaotique d’homme sourd et si souvent caractérisé comme tel, et presque exclusivement comme tel. Enfant sourd, voisin sourd, neveu sourd, employé sourd… Sa vie n’a pas été un long fleuve tranquille, et ils ont été nombreux, les obstacles sur son chemin. Entraves, discriminations, exclusion se sont succédé pour celui qui rêvait tout simplement de "changer le monde". Pourtant, à chaque chute, il s’est relevé. François est à la plume et à la voix. Christian à la langue des signes. Pendant que le premier raconte, le second -qui n’est pas acteur mais montre une présence forte au plateau- signe sa vie. Tel est son mode d’expression, celui que, si souvent on a voulu confisquer aux personnes sourdes. Son récit mêle affres intimes et exposé pédagogique, plongée dans l’histoire (souvent saisissante) de personnes qu’on a voulu de force faire entrer dans le rang de l’oralité. L’ensemble a suscité tristesse, déception, mais pas d’esprit de revanche, plutôt une envie d’union, d’amour (des mots précieux, qu’il enseigne au public dans sa langue). Le ping-pong des deux frères, leurs regards tendres, leur danse commune et leur façon de s’enlacer touchent au cœur. Spontanément en baisser de rideau, les spectateurs de la Chartreuse, ont levé leurs mains vers le ciel, symbole des applaudissements en LSF. Premier signe d’une avancée ?
Nedjma Van Egmond


Dans le In
Mon frère, avec Christian Gremaud, François Gremaud, mise en scène François Gremaud, accompagnement artistique et linguistique Emmanuelle Laborit, Jennifer Lesage-David. Chartreuse de Villeneuve-lès-Avignon, 58 rue de la République 30400 Villeneuve-lès-Avignon, 04 90 14 14 14, du 7 au 13/07, à 12h






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