THEATRE DE LA TEMPETE

Rencontre avec le directeur Clément Poirée à l'occasion de la saison 2020-2021

09 septembre 17 octobre 2021 
Catch !
texte Hakim Bah, Emmanuelle Bayamack-Tam, Koffi Kwahulé, Sylvain Levey, Anne Sibran
mise en scène Clément Poirée
Après ces longs mois de solitude et de silence, que déferlent sur nous les mots de la terre, les couinements stridents de ses créatures, que s’expriment enfin toutes nos pulsions contenues ! C’est sur un ring de catch que Clément Poirée et sa troupe de lutteurs nous invitent à un grand exutoire, à une grande purgation de nos passions. Catch ! comme le bruit des corps qui claquent sur les cordes et rebondissent aux quatre coins du ring. De la sueur, du sang et des larmes. Ni tout à fait théâtre, ni tout à fait combat, mais catch théâtral, avec des affrontements d’anthologie. De Battery Pork à Prince Charming, en passant par Kaapital, KassNoisette, Saturne ou Priapico, à chacun son rôle, pas de demi-mesure dans cette arène. Tous les coups sont permis, la fourberie est reine du ring et les langues remplies d’esprit. Lequel nous dupera le plus ou déchaînera notre inimitié par sa traîtrise, ses manchettes et ses coups bas ? Qui tombera le masque en premier dans cet affrontement de récits ? Que débute le K.-O. des mots, pour se jouer de nos peurs et de nos démons, dans une grande bacchanale de faux-semblants.

10 septembre 03 octobre 2021 
My Body is a Cage
texte et mise en scène Ludmilla Dabo
Épuisées, vannées, kaput, H.S., sans nerfs, voilà où en sont les 5 protagonistes, 5 femmes, en ouverture de ce drôle de cabaret. Sous la houlette de Ludmilla Dabo, que les paillettes et le strass ne vous y trompent pas, il ne sera question que de fatigue, que chacune des interprètes célèbrera en chansons et en musique au carrefour de diverses langues. Dans nos vies modernes et trépidantes, cela demande de l’énergie de devenir soi-même et de bien se porter, la fatigue nous colle à la peau, mais on ne lui rend pas toujours justice. Et pourtant, quoi de mieux qu’une saine oisiveté pour reprendre haleine et respirer pleinement ? La fatigue ne serait pas uniquement synonyme de défaillance. Ne parle-t-on pas aussi de "bonne fatigue" ? Dans cette odyssée musico-théâtrale, l’horizon de ces héroïnes pourrait être la reconquête de leurs espaces intimes de liberté. Un éloge du vide, une rêverie dansée évoquant le butô. Une ode à la lenteur du mouvement et à la suspension. Un titre en forme de double hommage à Peter Gabriel et à Arcade Fire pour un cabaret libératoire : Et si on ouvrait la porte de nos cages ?

14 24 octobre 2021 
Silêncio
texte et mise en scène Guilherme Gomes, Cédric Orain
Commencer par se taire pour qu’advienne la pensée, qu’elle émerge dans sa langue. Oublier quelques instants les sirènes envoûtantes, préférer le silence, cet "étui de la vérité", selon René Char. Dans cette création bilingue franco-portugaise, le silence triomphe à tous les coups. Il s’impose aux protagonistes dans chaque scène, en véritable deus ex machina : c’est le paradis perdu recherché par un homme au milieu du vacarme de la ville. Le mutisme d’un enfant qui fait vaciller tout l’édifice familial ou celui du chef d’entreprise qui déstabilise toute la société. Le silence comme armure pour ne pas blesser mais qui blesse quand même. Un silence subi ou choisi, une absence de bruit parfois plus parlante que les mots eux-mêmes. Le théâtre, comme le silence, voyage d’une langue à l’autre jusqu’à l’épuisement. Deux sensibilités, deux idiomes, le français de Cédric Orain et le portugais de Guilherme Gomes. Et toujours le silence au bout du chemin de ce cadavre exquis théâtral écrit à 4 mains et porté par 5 acteurs, véritables équilibristes au bord du gouffre silencieux.

04 21 novembre 2021 
J'ai un nouveau projet
texte et mise en scène Guillermo Pisani
Serions-nous arrivés en retard à la réunion marketing ? Drôle de titre pour une pièce de théâtre. Mot-valise, pauvrement énigmatique, le « projet » est le cœur battant de nos sociétés capitalistes. Mais qui se cache derrière, où sont passés les corps qui le portent ? Chez Guillermo Pisani, ils pullulent : 30 personnages, 5 acteurs, pour raconter 8 histoires qui se déploient en même temps, dans un bar parisien. Unité de lieu, superposition des temps, démultiplication des actions jusqu’au vertige. Quelle sociabilité est encore possible quand tous les liens entre les personnes sont l’objet de la marchandisation, quand nous dépendons tous, pour tout, de ces fameuses plateformes numériques ? Quelle place reste-t-il pour le hasard, l’inattendu, en dehors de ces profils, algorithmes ou autres stories, véritables chaînes du forçat moderne ? Et si le scoop, c’était le retour à l’humain ? Guillermo Pisani arrive à se saisir de cette grande question sociale et sociétale et à la transposer au théâtre de manière jubilatoire. Sous sa direction, le jeu s’emballe avec une précision d’horloger, non pas suisse mais argentin, et un humour à la fois cruel et désopilant.

05 25 novembre 2021
Les Misérables
texte Chloé Bonifay, Lazare Herson-Macarel
d’après Victor Hugo
mise en scène Lazare Herson-Macarel
Œuvre siècle, œuvre monstre, véritable cathédrale de la littérature certes, pour autant, Les Misérables, ce n’est pas un monument figé, mais plutôt une somme d’échos vivants, vibrants. Rien qu’à évoquer son titre, des noms et des images affluent pêle-mêle : Fantine, Jean Valjean, le couple Thénardier et bien sûr Gavroche, chantant fièrement sur les barricades. La compagnie de la jeunesse aimable, menée par Lazare Herson-Macarel, a eu à son tour envie de plonger à corps perdu dans cette somme littéraire, de se frotter à sa poésie dans toute son immensité, en rêvant à une version "XXIe siècle", fidèle à l’esprit du grand poète. Tenter de transposer au théâtre et en 2021 le tableau de la misère sociale et humaine du XIXe siècle, un pari fou peut-être, enivrant à coup sûr. Nous avons besoin de ce trésor d’utopie et de poésie pour vivre. Loin de se résumer à son être historique, l’homme porte des illusions, des désirs et des rêves. Qui seraient pour nous aujourd’hui "ces" misérables que sont Cosette, Fantine, Marius ou Valjean ? Les choses ont-elles changé ? La scène nous tend une fois de plus un miroir grossissant pour mieux rêver et concevoir peut-être une nouvelle utopie sociale.

02 12 décembre 2021 
SStockholm
de Solenn Denis
création collective Le Denisyak & Faustine Tournan
C’est un fait divers survenu dans les années 2000 qui a guidé Solenn Denis dans les méandres de cette exploration du syndrome de Stockholm - cette relation affective, fascinante, qui se tisse parfois entre un bourreau ou un geôlier et sa victime, un comportement paradoxal et bien souvent incompréhensible pour ceux qui ne l’ont jamais vécu. S’inspirant de l’histoire de la séquestration de Natascha Kampusch, SStockholm traite d’enfermement quel qu’il soit. Pas physique seulement, psychique aussi. Cette vertigineuse réflexion sur la «banalité du mal» et sur son ambiguïté trouble les frontières, déjoue tout manichéisme et toute morale, exigeant des acteurs du Denisyak une performance d’équilibriste pour donner à sentir l’insoutenable sans sombrer dans l’outrance. Les corps, les voix, la scénographie participent tout autant de la mise en scène que cette écriture originelle qui devient incandescente dans les boucles qu’elle forme pour dire nos petits jeux de pouvoir. Dans une ambiance résolument hypnotique, quasi lynchéenne, le spectateur sera convié à être otage mais aussi voyeur.

07 12 décembre 2021 
À l'abordage !
texte Emmanuelle Bayamack-Tam
d’après Le Triomphe de l’amour de Marivaux
mise en scène Clément Poirée
“L’amour existe.” C’est sur ces mots, cette promesse d’éden, que s’achève Arcadie, le roman d’Emmanuelle Bayamack-Tam, autrice à qui Clément Poirée a commandé la réécriture du Triomphe de l’amour de Marivaux y décelant comme une figure inversée d’Arcadie. D’un côté, l’amour libre à Liberty House, de l’autre l’abstinence moralisatrice. Quel dialogue possible entre ces deux utopies ? Quelle voie choisir pour ces personnages porteurs de désir, qu’ils le clament ou qu’ils le cèlent au plus profond d’eux-mêmes ? L’effraction de Sasha dans ce monde fermé ne fait que le révéler davantage. Elle séduit tout le monde sans exception, comme le héros de Théorème de Pasolini. L’usage du faux emporte tout, l’amour devient une véritable arme de combat dans ce clash générationnel entre la jeunesse ardente des uns et la frilosité quasi sénile des autres. Emmanuelle Bayamack-Tam propose dans une langue d’aujourd’hui une relecture jubilatoire de l’utopie formulée trois siècles avant, une mise à l’épreuve de la philosophie d’Hermocrate devenu Kinbote. Un triomphe de nos corps désirants, l’amour inconditionnel comme horizon. À l’abordage ! ou comment conquérir son désir et gagner sa liberté.

05 16 janvier 2022 
Alabama Song
texte Gilles Leroy
adaptation et mise en scène Guillaume Barbot
Zelda Fitzgerald, Zelda from Alabama. Un nom qui claque, des syllabes qui swinguent. Une prémonition peut-être. Trop souvent éclipsée par son illustre mari, empêchée d’écrire, censurée, Zelda la romancière, les phrases, elle sait les tourner. Son destin tragique a inspiré Gilles Leroy et aujourd’hui Guillaume Barbot qui l’adapte pour la scène en un biopic haletant. Deuxième portrait de femme après Anguille sous roche, Alabama Song nous entraîne dans le sillage de la femme sacrifiée, de l’écrivaine pillée par son “créateur”, l’histoire d’une vie volée. Sur la piste de danse, entourée de trois musiciens-acteurs, Lola Naymark incarnera Zelda, la danseuse assoiffée et infatigable. Personnage brut, qui transperce l’air, elle donne le la, jazzy, de ces Années folles et des soirées jet-set new-yorkaises. La musique sera au diapason des virevoltes et des tremblements de Zelda. Une confession en forme d’uppercut de la femme artiste, trop vite enfermée, trop tôt disparue. Zelda, femme flamme, étincelle créatrice trop tôt éteinte. Héroïne magnifique et tragique. Véritable salamandre ici retrouvée.

05 16 janvier 2022 
Rebibbia
d’après Goliarda Sapienza
adaptation Alison Cosson, Louise Vignaud
mise en scène Louise Vignaud
« Je voulais seulement en entrant ici prendre le pouls de notre pays. » Tout commence par un récit, celui du séjour en prison que fit la romancière Goliarda Sapienza à Rebibbia. L’univers carcéral devient avec elle le lieu d’une excursion dans une Italie des Années de plomb, kaléidoscope d’une société malade, galerie de portraits de femmes battantes et combattantes, chacune à leur façon, voleuses, criminelles, prostituées, dissidentes politiques. Dans l’adaptation du roman proposée par Louise Vignaud et Alison Cosson, Goliarda, interprétée par Prune Beuchat, est le centre autour duquel gravitent les figures qu’elle convoque. Quatre autres actrices l’encerclent, changeant de rôles. Elles sont elles aussi les murs d’une prison, celle de l’histoire, celle d’un récit autant personnel qu’universel. Sur scène, quelques lavabos, des matelas, un chant d’oiseau. C’est de la friction entre l’expérience réelle et le vertige existentiel dont il est question ici, à travers cette vision libre et subjective, à rebours de toute pensée consensuelle sur l’univers carcéral. Comme un pied de nez fait au destin, Goliarda Sapienza transforme cette expérience de l’enfermement en un moment de liberté, et retrouve, et nous avec elle, le désir éperdu du monde.

28 janvier 18 février 2022
Alice, de l'autre côté
mise en scène Charlie Windelschmidt
d’après Lewis Carroll
traduction Henri Parisot (éditions Flammarion)
Moins connue qu’Alice au pays des merveilles, cette suite de Lewis Carroll lance la jeune héroïne sur un échiquier initiatique des plus baroques, jonglant avec la fantaisie et l’étrangeté. Le temps, l’espace et la langue sont littéralement retournés, formant un trio inquiétant. "L’autre côté", c’est le cœur de la machine théâtrale proposée par Charlie Windelschmidt et son équipe Dérézo. Dans cette adaptation, "l’autre côté" n’est que l’envers de la représentation, au cœur de laquelle Alice peux voir, et se voir, si tant est qu’elle accepte de perdre sa place. C’est donc de ce voyage insensé qu’il s’agira : dé-placer pour re-placer et peut-être, enfin, attraper quelque chose, entendre une musique, une idée ou un rire... En passant de l’autre côté, Alice la récalcitrante fait 7 rencontres fantastiques. Dans ce qui semble être le souvenir d’un Ehpad, de vieilles figures ambivalentes coiffées de cagoules de latex poussent férocement Alice hors des pièges du langage pour y inventer sa propre parole... À l’image de cette moderne héroïne, les spectateurs plongent, en une lente traversée, au cœur d’une arène délirante où, si l’on se cogne, c’est toujours à soi-même.

29 janvier 18 février 2022 
Patinage
texte Damien Dutrait
mise en scène Nelson-Rafaell Madel
Comme dans La Rose pourpre du Caire, les personnages de Damien Dutrait crèvent l’écran, non pas du cinéma mais de la télévision familiale. Ils déferlent tour à tour dans le salon de la mère : le Président, les Encagoulés et même une certaine patineuse artistique… Dans ce carnaval cruellement réaliste, la frontière entre réalité et fiction est bien ténue, les masques se superposent pour mieux nous dérouter. La colère, la frustration se sont tellement accumulées dans cette famille, les cœurs sont sur le point d’exploser, l’air n’est plus respirable. Le canapé semble être le seul radeau à leur portée pour éviter le naufrage. Mais quelle est cette bouche qui parle à travers la télévision ? Des deux côtes de l’écran, on s’efforce de comprendre, de redonner du sens. Le plateau, comme la piste des patineurs, est en mouvement instable : ça glisse, les espaces se contaminent, les temporalités se télescopent. On s’épie, on se cherche entre générations, le fils manquant toujours à l’appel. Qu’est-ce qui se transmet en dehors de la frustration et du silence ? La vie se résume-t-elle à un numéro de patinage artistique, trois minutes de virevoltes parfaitement effectuées sous le regard des juges, une pirouette, la pause finale puis les applaudissements ou les larmes ?

09 27 mars 2022 
Roman(s) national
conception, texte, mise en scène Julie Bertin & Jade Herbulot, Le Birgit Ensemble
Nous sommes en France dans un futur proche. Le président de la République vient de décéder subitement. Des élections anticipées sont organisées à la hâte. Son héritier, Paul Chazelle, le candidat du parti Horizon, affûte ses armes en vue du second tour mais, à quelques jours de l’élection, l’arène est soudainement peuplée de fantômes jaillissant du passé, de notre histoire passée. Avec cette nouvelle création, c’est à une fable politique d’anticipation que nous sommes conviés. Après avoir exploré l’Europe, Le Birgit Ensemble s’intéresse aujourd’hui à nos institutions. Soixante ans après sa fondation, la Ve République n’est-elle pas à bout de souffle ? Des romans nationaux au roman national unique, univoque, quel point de vue adopter ? Par la fiction et l’écriture de nouveaux récits, les certitudes pourraient bien vaciller. Mêlant histoire, politique et théâtre, la troupe menée par Jade Herbulot et Julie Bertin ne craint pas de déployer les grandes intrigues en faisant se mêler deux territoires a priori incompatibles : la sphère politique et le monde des forces magiques et invisibles. Or, quoi de mieux qu’un plateau de théâtre pour convoquer nos vieux spectres ?

10 27 mars 2022 
Rest and Watch
texte et mise en scène Jean Bechetoille
Un nouvel art de la paresse, une nouvelle utopie ? Sans doute une des premières pièces qui met les mains dans le cambouis de notre présent imprégné par la pandémie. Dans cette épopée familiale et musicale, c’est la jeune génération qui tient les rênes, celle née en plein chaos, en pleine retraite. Le terrain de jeu, c’est la famille, comme dédoublée cette fois-ci, deux couples accueillant simultanément deux fils, Aliocha et Serge, à cheval sur deux époques, 21-39 puis 39-55. Un présent (le nôtre) où tout semble s’être figé, arrêté sur place, et une projection, vingt ans après, du côté des enfants. Et l’héritage, les choix des parents, on en fait quoi ? Quel monde ont-ils construit et transmis aux plus jeunes ? Un monde loin du monde, peuplé de faisans et de hérissons où la seule activité semble être le ramassage de noix, ou parfois le théâtre. Et l’amour dans tout ça ? Encore faut-il trouver le ou la partenaire, quitte à oser la grande aventure, le saut dans le vide. Avec dérision et une certaine acuité, Jean Bechetoille panse nos plaies, après les avoir triturées joyeusement, pour mieux nous interroger collectivement sur notre manière de tenir ensemble, de faire communauté. Ralentir ou emprunter les chemins de traverse, à chacun sa voie.

08 24 avril 2022 
OVNI
texte Ivan Viripaev
traduction Tania Moguilevskaia, Gilles Morel
mise en scène Éléonore Joncquez
Un acronyme pour dire le mystère, le fameux "objet volant non identifié". Une pièce qui se présente sous la forme d’une enquête délicate et sensible. À travers leur témoignage, 10 individus, qui ne se connaissent pas, partagent le besoin d’une confession intime. Une étudiante, un chef d’entreprise, une vendeuse, un livreur… Chacun avec ses mots dit sa rencontre avec l’altérité, son "avant" et son "après", ce moment de bascule, cette faille émotionnelle dans le quotidien. À tour de rôle, ils racontent leur expérience, un sentiment de connexion avec une force transcendante, de communion totale avec soi-même, avec ce monde, trop grand, énigmatique, indéchiffrable. Quelles déflagrations intimes ces expériences ont-elles provoquées, quels liens invisibles se sont tissés entre les êtres, d’un recoin à l’autre de la planète ? Éléonore Joncquez signe avec OVNI sa deuxième mise en scène. La danse, la vidéo et la musique seront de précieux alliés pour dire la poésie de ces moments de suspens, entre ciel et terre. Un appel à la contemplation peut-être… sur un vaisseau spatial.

09 24 avril 2022 
C'est comme ça (si vous voulez)
comédie d'après Luigi Pirandello
nouvelle traduction Emanuela Pace
adaptation et écriture Guillaume Cayet
mise en scène Julia Vidit
Pourquoi Monsieur Ponza, le nouveau fonctionnaire de la petite préfecture, semble-t-il séquestrer sa femme chez lui ? Pourquoi empêcher sa belle-mère, Madame Frola, de rendre visite à sa fille ? Sa conduite a de quoi intriguer les habitants. Très vite, l’émotion grandit, les esprits s’échauffent. Selon Madame Frola, son gendre est fou. Pour Ponza, pas de doute, la folle, c’est sa belle-mère. Qui croire ? Les hypothèses fusent, toutes les théories sont plausibles. Plus on court après, plus elle échappe cette fameuse vérité. Serait-elle relative à chacun, profondément subjective, comme le suggère le personnage Laudisi ? Après Le Menteur de Corneille, Julia Vidit revient à la Tempête avec cette fois-ci, une comédie de Pirandello, pour creuser encore plus la caricature et le sujet, jusqu’à la folie. À ses côtés, Guillaume Cayet, signe pour l’occasion un quatrième acte qui porte le coup encore plus loin, jetant comme une passerelle entre 1923 et aujourd’hui. De la folie à la cruauté, il n’y a qu’un pas. Pas sûr que la communauté des hommes se relève indemne de cette quête effrénée de vérité. Comment accueillir l’autre sans heurts, sans violence ? À chacun sa vérité « sociale ». À tous l’humanité, quelles que soient les circonstances ?

05 15 mai 2022 
Face à la mère
texte Jean-René Lemoine
mise en scène Alexandra Tobelaim
création musicale Olivier Mellano
Face à la mère est un chant d’amour, un poème d’adieu d’un fils à sa mère. Le fils, c’est l’auteur Jean-René Lemoine. Sa mère a disparu tragiquement trois ans plus tôt en Haïti. C’est son enfance en Afrique, son adolescence en Belgique, toute son histoire qui est ici transposée, sa voix éclatée en un chœur d’hommes. Avec la complicité du musicien Olivier Mellano, Alexandra Tobelaim confie ce grand poème à trois comédiens et trois musiciens mêlés au plateau, comme six cœurs de fils battant chacun pour la Mère. Quel rituel inventer pour un deuil non accompli ? Trois mouvements, trois salves musicales, de la sidération à la réconciliation en passant par la colère, le rejet. Dans cette cérémonie d’adieu, la musique est là pour accéder à une émotion plus immédiate, pour toucher “l’assemblée silencieuse” des spectateurs, dans tout leur être. La conversation avec l’absente, bouleversante confession d’amour filial, est une tentative de réconciliation par-delà la mort, l’occasion d’une retraversée de l’enfance pour mieux se retrouver peut-être. La voix utilisée pour atteindre le point sensible et peut-être enfin parler d’amour.

06 22 mai 2022 
Penthésilé.e.s – Amazonomachie
texte Marie Dilasser
conception et mise en scène Laëtitia Guédon
Tout commence dans l’antre de la reine qui se meurt au milieu de ses amazones. Tout un mythe dans ce nom ici démultiplié, Penthésilé·e·s. L’autrice Marie Dilasser ajoute un sous-titre Amazonomachie pour dire d’emblée l’affrontement. Le combat des origines qui nous ramène à Troie aux côtés d’Achille, mais aussi tous les autres, plus actuels, que mènent les femmes. De la naissance ou du cœur, quelle loi privilégier ? Au plateau, la lutte fait vibrer les voix, jusqu’au fond des gorges, danser les corps au plus profond des entrailles. Amazone impossible à cerner, à contenir dans un genre défini, guerrière indomptable, Penthésilée s’inscrit dans une longue lignée de femmes qui un jour ont eu affaire au pouvoir, qu’elles se battent pour le conquérir ou le conserver. S’il était déjà question de la puissance féminine chez Kleist, dans cette amazonomachie, ce sont toutes les facettes de la personnalité, toutes les voix de la reine des amazones qui sont exposées jusque dans sa part d’ombre. Laëtitia Guédon propose un spectacle polyphonique, théâtral et chorégraphié pour tous les sens, véritablement indiscipliné. Tenter de redonner vie à cette figure mythologique aux contours indéfinissables entre l’homme, la femme, et l’animal, vers une possible réconciliation des genres.

01 19 juin 2022 
Smog
conception Claire Barrabès, Pauline Collin
texte Claire Barrabès
mise en scène Pauline Collin
Qui a tué Salomé, la grande rousse aux jambes interminables ? Quand débute la pièce, son corps vient d’être retrouvé. Plongée directe dans l’enquête, sur la scène du crime, brouillard crépusculaire garanti. Smog, c’est la rencontre d’une autrice aux mots rugueux, Claire Barrabès, et d’une metteuse en scène, Pauline Collin, inspirées par le fait divers et les fissures du quotidien. En s’appuyant sur les codes de la série, dans une langue saccadée et très directe, elles mènent l’interrogatoire. Difficile de percer cette bande de jeunes gens jamais partis du coin, cette équipe de flics bancale, ou cette mère isolée… Ça déborde de toutes parts dans ce polar théâtral, la violence ordinaire et la misère de ces vies fragmentées. Ça s’effrite, comme le langage des gens en marge, dans cette tragédie moderne en clair-obscur. À l’ère du soupçon généralisé, c’est l’envers du décor idéal qui nous est présenté. Comment bascule-t-on dans le crime ? Quels secrets cachés sous ce brouillard livide ? Quelles énigmes impénétrables sous la patine du banal ?

02 19 juin 2022 
La Chanson de Roland
un spectacle de Jean Lambert-wild, Lorenzo Malaguerra & Marc Goldberg
Tout comme Ulysse ou Achille, Roland est une figure absolue du héros. Ses exploits sont chantés dans un immense poème épique dont il est grand temps de raviver l’esprit et la fougue originels. Trop souvent remisée sur les étagères des bibliothèques médiévales, claquemurée dans les manuels scolaires, La Chanson de Roland, c’est le tube du XIe siècle : le récit trépidant du combat fatal du chevalier Roland et de ses fidèles preux à la bataille de Roncevaux. Dans une version contemporaine, qui ne s’interdira pas de divaguer ni d’improviser, qui mieux qu’un clown blanc tel que le Gramblanc de Jean Lambert-wild pour renouer avec cette liberté, cette impertinence, cet humour et cette folie propres à l’esprit des jongleurs ? Dans ce spectacle teinté de cirque, il sera Turold, gueule cassée, écuyer poète de Roland. Affublé d’un compagnon imprévisible et borné comme son maître, une ânesse du nom de Chipie de Brocéliande, il viendra conter au public sa “chanson de Roland”, avec fureur, tendresse et goguenardise.

Pratique


THEATRE DE LA TEMPETE
Route du Champ de Manoeuvre
75012 Paris

Information : 
 01 43 28 36 36 

Site internet :

la-tempete.fr

Clément Poiréew