Critique Off - LA PERSONNE - Emprise en scène

Un mur de parpaings s’étire en fond de scène, sous la chapelle du théâtre des Halles. Attention, chantier en cours… Peintures, carrelages, tout reste à faire. C’est dans cette atmosphère singulière que celui qui nous parle, corps longiligne, longue chevelure frisée, pose ses bagages. On ne connaît rien de lui, son nom, son métier ou son âge. On apprendra juste qu’il a une sœur, à qui il se confie. Peu à peu, une présence invisible mais lourde s’insinue dans son quotidien un peu terne. Qui est-elle, cette personne qui l’observe, le suit, le traque ? Existe-t-elle seulement ? Le titre-même, Là personne, introduit le doute qui empoisonne l’existence. Il y a dans ce seul-en-scène rigoureux, à l’écriture ciselée, une parfaite maîtrise du sujet : une existence qui vacille sous le poids de l’emprise, mais un individu qui redoute le contact autant qu’il le cherche, par des rendez-vous rituels. Il veut garder les rênes quoi qu’il en coûte. A la manière du Horla de Maupassant, c’est un huis-clos angoissant qui sonde l’étrangeté et tient aussi du fantastique. Geoffrey Rouge-Carrassat est l’auteur et l’impeccable interprète de ce solo sur l’emprise, dont il signe aussi la mise en scène. "Je veux écrire sur le mystère que, parfois, nous préférons à la certitude. Ce mystère que nous choisissons de cultiver plutôt que de résoudre. Le mystère comme porte ouverte au monde, envoûtant et abyssal, du fantasme." Il entretient habilement le vertige jusqu’aux derniers instants du spectacle, à l’étonnante scénographie. Hormis quelques longueurs à la fin, il nous captive.
Nedjma Van Egmond
Nedjma Van Egmond
Dans le Off
Là Personne, écrit, mis en scène et joué par Geoffrey Rouge-Carrassat
Création musicale et sonore Nicolas Daussy. Théâtre des Halles, jusqu’au 25/07, à 16h40
Là Personne, écrit, mis en scène et joué par Geoffrey Rouge-Carrassat
Création musicale et sonore Nicolas Daussy. Théâtre des Halles, jusqu’au 25/07, à 16h40