Critique Off - 22 MINUTES troublantes

Le 13 mai 1981, un jeune turc, Ali Ağca, tire trois coups de feu sur le pape Jean-Paul II sur la place Saint-Pierre de Rome. Le premier le touche à la main, le second dans le ventre, le troisième passe au-dessus de sa tête sans l’atteindre… Emprisonné pendant 17 ans, gracié par le Président de l’époque, il rentre en Turquie où il écope de dix ans supplémentaires pour son premier meurtre, celui du patron d’un journal turc de gauche commandité par le mouvement néo-faciste des Loups Gris dont il faisait partie. Depuis 2013, Ali Ağca est libre. Il a publié une autobiographie et a réintégré la vie civile. Au moment des obsèques du pape François, Benoît Solès s’est rappelé de cet attentat et surtout de la visite un an après de Jean-Paul II dans le cellule d’Ali Ağca. Visite dont on ne sait rien sauf qu’elle a duré 22 minutes et que le pape lui a pardonné son geste. A partir de différents documents, interviews, autobiographie d’Ali Ağca, documentaires, etc. il a imaginé ce que le pape avait dit à son agresseur. Surtout, le spectacle brosse le portrait du jeune homme, de sa naissance dans un village dans l’Est de la Turquie, le mépris de son père, son amour pour la belle Fatima et comment le destin a fait de lui un criminel. Seul en scène, jouant sur un tapis qu’il déroule d’un coup de pied, Benoît Solès incarne avec conviction ce jeune homme forgé malgré lui par le mal. Une interprétation troublante, car elle nous émeut aux larmes. Or ne faudrait-il pas pouvoir garder un peu de distance pour se souvenir qu’Ali Ağca a tué et a affirmé que si on le lui avait demandé il aurait aussi assassiné le Pape François ? Faut-il donner tant d’humanité au mal ?
Hélène Chevrier
Dans le Off
Hélène Chevrier
Dans le Off
22 minutes, de et avec Benoît Solès. Théâtre Actuel, 80 rue Guillaume Puy 84000 Avignon, 06 83 61 43 11, du 3 au 25/07, à 10h