Julia Vidit en quête de vérité - (08/04/22)

Souvent connue sous le titre de Chacun sa vérité, Julia Vidit a choisi de redonner à la pièce de Luigi Pirandello son titre original, C’est comme ça (si vous voulez). Elle en propose la mise en scène d’une version nouvelle, augmentée d’un acte écrit par Guillaume Cayet. Le spectacle est à l’affiche du Théâtre de la Tempête du 9 au 24 avril.

Théâtral magazine : Quelle est la place de cette pièce dans l’œuvre de Pirandello ?
Julia Vidit :
La postérité n’a pas choisi d’établir cette pièce comme majeure. C’est donc une pièce méconnue de Pirandello, une œuvre de jeunesse, sa première grande pièce dans laquelle toute son œuvre est déjà contenue. Et je trouve ces œuvres de jeunesse assez foisonnantes car elles contiennent en germe toutes les grandes thématiques qu’il y aura dans celles reconnues comme majeures : la folie, l’image de soi, la vérité inaccessible…

Comment définiriez-vous cette comédie ?
C’est une comédie de caractères. On reconnaît des stéréotypes humains qui font avancer l’action. L’action progresse par le verbe ; on assiste à quelque chose qui se fabrique à vue. L’histoire d’une famille qui se réfugie dans une ville après un tremblement de terre dans le sud de l’Italie. Leur comportement hors norme chamboule toute la communauté qui veut absolument savoir quelles raisons les poussent à agir de la sorte. A quel point l’humain a-t-il ce besoin viscéral de savoir pourquoi les gens agissent comme ils agissent ? Et pourquoi n’arrive-t-on pas à accepter la vérité de l’autre ? La communauté est comme mise en danger par d’autres façons d’agir. Chacun dénoncera la folie de l’autre.

Quelle est votre version nouvelle ?
Nous prolongeons le geste de Pirandello par l’adjonction d’un quatrième acte écrit par Guillaume Cayet. Pirandello fini la pièce de manière très ouverte ; la vérité arrive, mais on ne saura jamais ce qu’elle est, elle est voilée, comme si on laissait tomber une pièce de monnaie sur sa tranche ! L’auteur nous laisse perplexe après deux heures de spectacle. Face à cette impossibilité d’avoir une réponse, nous avons voulu essayer de pousser les personnes à chercher la vérité. Arrive-t-on à une impasse ? Où cela nous mène-t-il quand on demande une vérité ?

En quoi votre scénographie épouse-t-elle ces intentions ?
Ce théâtre de salon bourgeois, nous l’avons déplacé dans une cage d’escalier. Comme c’est un problème entre voisins je trouvais intéressant de coloniser l’escalier, avec cette question de monter à la recherche de la vérité, de labyrinthe. Nous sommes tous dans un dédale car la vie est le doute. Le théâtre est un exercice de vérité. Ces gens cherchent la vérité de leurs voisins, mais en fait ils recherchent une vérité bien plus profonde. Ça les occupe de s’intéresser aux autres, de gratter. L’espace offre un niveau de lecture à la pièce très net et précis. Qu’est-ce qu’être soupçonné d’être fou ? Les fous ne jouent-ils pas ? Qui de nous deux est le fou ? La question de la folie est toujours un point de vue sur l’autre. Mon travail de mise en scène est de faire que le spectateur puisse être mis à l’épreuve dans sa perception des autres.


Propos recueillis par François Varlin


C’est comme ça (Si vous voulez), d'après Luigi Pirandello, nouvelle traduction Emanuela Pace, adaptation et écriture Guillaume Cayet, mise en scène Julia Vidit, avec Marie-Sohna Condé, Erwan Daouphars, Philippe Frécon, Étienne Guillot, Adil Laboudi, Olivia Mabounga, Véronique Mangenot, Barthélémy Meridjen, Lisa Pajon.
Théâtre de la Tempête, Cartoucherie de Vincennes, Route du Champs de Manoauvre 75012 Paris, 01 43 28 36 36, jusqu'au 24 avril




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