ODEON - THEATRE DE L'EUROPE

23 septembre – 14 novembre / Berthier 17e
Iphigénie
de Jean Racine
mise en scène Stéphane Braunschweig
création
Iphigénie, c’est un monde à l’arrêt. Alors que la flotte grecque s’apprêtait à mettre les voiles vers Troie, le vent est tombé brutalement, mettant en panne la machine de conquête. Consulté en secret, le devin Calchas révèle le seul remède à la crise: sacrifier aux dieux la jeune Iphigénie, fille d’Agamemnon. La Grèce doit-elle payer ce prix exorbitant, pour continuer sur sa lancée initiale, et respecter les promesses glorieuses qu’elle s’est faites à elle-même ? C’est ce que prône Ulysse pour qui il n’y a pas d’alternative. Ou faut-il voir dans ce coup d’arrêt, dans cette proposition inacceptable, le signe divin que l’expédition à Troie sera un désastre ? Les chefs de guerre s’interrogent avec inquiétude sur leur avenir et celui de leur civilisation. Heureusement, dans cette drôle de tragédie, tout “finit bien” : c’est une autre victime, l’étrangère de la pièce, qui tombera finalement sous le couteau de Calchas. Les Grecs pourront repartir au combat sans perdre l’une des leurs. Le vent souffle à Aulis, l’épopée reprend souffle, l’Histoire poursuit sa marche conquérante. Pour le meilleur et surtout, sous-entend Racine, pour le pire. Cette pièce étrange et baroque, faite de grand siècle et de rituel sanglant, d’intimités torturées et de calculs politiques, a inspiré à Stéphane Braunschweig un projet en résonance avec notre époque.

25 septembre – 18 octobre / Odéon 6e
Le Grand Inquisiteur 
d’après Fédor Dostoïevski
mise en scène Sylvain Creuzevault
création
Cela avait pourtant bien commencé. Deux frères se retrouvent à table, à l’auberge, se parlent en tête à tête pour la première fois ou presque. Passe encore que l’un veuille tuer leur père, que l’autre l’ait fui pour se réfugier au monastère. Le problème est ailleurs : mettez deux gamins russes ensemble, et ils vous feront de la métaphysique ! annonce Ivan, l’intellectuel torturé, à son frère Aliocha, novice intranquille. Dans un réquisitoire contre la Création, Ivan liste bientôt quelques faits divers cruels qu’il collectionne, avant de réciter l’un de ses poèmes. C’est “Le Grand Inquisiteur”, où Jésus a la mauvaise idée de redescendre sur terre au mauvais endroit au mauvais moment : l’Espagne de Torquemada. Direction la prison, où le vieux cardinal menace de le livrer au bûcher. C’est que Jésus vient effectivement “déranger” le gouvernement instauré par l’Église : il offre de nouveau aux hommes la liberté de croire en “Lui” plutôt qu’aux pouvoirs terrestres et aux tentations matérielles. Mais selon Ivan, c’est aussi une liberté de faire le mal...
Si Dostoïevski a été un conservateur patenté, “Le Grand Inquisiteur” apparaît donc au contraire comme “l’oeuvre la plus anarchiste et la plus révolutionnaire qui fût jamais créée”, selon le mot du philosophe russe Nicolas Berdiaev. Elle invite en effet à “démasquer” le Grand Inquisiteur, “partout où il se trouve”. C’est justement ce à quoi souhaitent s’employer Sylvain Creuzevault et son équipe, en convoquant notamment sur scène des vestiges du siècle passé. De Staline à Thatcher, tous grands inquisiteurs !

12 novembre – 6 décembre / Odéon 6e
Les Frères Karamazov
d’après Fédor Dostoïevski
mise en scène Sylvain Creuzevault
création
Les Frères Karamazov est un monstre. Comme pour Les Démons (mis en scène aux Ateliers Berthier à l’automne 2018), Sylvain Creuzevault taille dans ses 1300 pages les éléments d’une lecture inspirée par Heiner Müller et Jean Genet, selon qui l’ultime roman de Dostoïevski est avant tout “une farce, une bouffonnerie énorme et mesquine”. Cet humour farces que devient ici littéralement ravageur. “Qui crée veut la destruction”, disait Müller : Creuzevault retrouve partout dans le roman le mouvement paradoxal d’une écriture qui ne cesse de raturer ce qu’elle affirme. Ainsi, après avoir annoncé le roman de formation d’un jeune saint en devenir, voilà que le narrateur se met à raconter l’histoire d’un crime fascinant. Lequel de ses fils a tué l’ignoble Fiodor Karamazov ? Dimitri le sensuel, rival de son père en amour, semble le coupable idéal. Mais Ivan l’intellectuel, tourmenté par la question du mal radical, n’y est-il pour rien ? Et Aliocha le vertueux, le naïf, quel rôle a-t-il joué dans cette affaire ? Les pistes se brouillent, les explications s’entre-détruisent. Actes, motifs et caractères donnent prise à toutes les contradictions. Le procès de Dimitri exhibe les ficelles d’une soi-disant “justice”. Le cadavre d’un homme deDieu, au lieu de dégager une odeur de sainteté, se met à empester. Et dans ce “jeu de massacre”, note Genet, tandis que se défont la dignité et le sérieux tragiques, “il ne reste que de la charpie. L’allégresse commence”...

1er– 13 décembre / Berthier 17e
Faith, Hope and Charity
texte et mise en scène Alexander Zeldin
en anglais, surtitré en français
Des dessins d’enfants sur les murs. Des chaises, des tables qu’il faut déplier. Mason s’y emploie maladroitement. Il veut trop bien faire. C’est son premier jour de bénévolat dans une salle des fêtes de quartier. Il y croise Hazel, le vieux Bernard qui n’habite pas loin, Beth qui se bat pour la garde de son enfant... Auteur et metteur en scène, Alexander Zeldin est le nouvel artiste associé de l’Odéon, qui l’a fait découvrir à son public en 2018 avec Love. Il s’inscrit avec originalité dans la
lignée de Peter Brook, auprès duquel il travailla: à la fois très anglais et très européen, il est également artiste associé au National Theatre. Dans ce dernier volet de sa trilogie sur l’intimité en temps de crise, Zeldin ne commente pas, ne dénonce pas, ne semble rien souligner. Pas de grandes phrases. Les gestes les plus simples, les silences qui durent suffisent à traduire la réalité sociale. La toiture fuit. L’austérité est au programme. Les saisons passent. Le temps, pour un tribunal, de rendre son verdict sur le problème posé par Beth ; pour un conseil municipal, de se prononcer sur l’avenir de la salle ; ou pour un choeur d’amateurs, de répéter sous la conduite de Mason afin de plaider sa cause en musique.Le temps d’un spectacle où Zeldin et ses comédiens, par touches presque imperceptibles, nous rendent présentes des existences affrontant leur apocalypse personnelle.

6 – 17 janvier / Berthier 17e
Que ta volonté soit Kin
de Sinzo Aanza
mise en scène Aristide Tarnagda
Romancier, dramaturge, plasticien congolais, Sinzon Aanza, 29 ans, connaît comme personne Kinshasa, alias Kin, la violence de ses nuits polyphoniques, zébrées
de pannes de courant : “Bruits de voitures qui démarrent ou qui passent, bruits de passants qui discutent et rigolent, bruits de musiques de terrasses kinoises, bruits de gospel kinois, […] bref, toutes sortes de bruits qu’on peut entendre dans une rue de ville, spécialement sur l’avenue de la Libération, ex-24-Novembre, de Kinshasa ! ”Dans le chaos urbain qu’il sillonne pour y lire à haute voix ses propres oeuvres, Aanza a imaginé une improbable rencontre entre trois êtres parmi 12 millions : Sophie, qui célèbre son amour perdu ; Pilate, l’officier de police qui voudrait la faire circuler ; et Lily, qui va tout faire pour arracher Sophie à son deuil. Le metteur en scène Aristide Tarnagda, lui-même auteur et directeur du festival Les Récréâtrales a Ouagadougou (Burkina Faso)où le spectacle a été créé, a invité huit comédiens venus de toute l’Afrique, mais aussi de France, à se mettre au service de l’éloquence lyrique d’Aanza, pour faire exister la ville du poète et éprouver “la capacité du rêve a détrousser le monde de sa mise re”. Le spectacle, conçu à l’origine pour être joué en plein air, est ici recréé en salle. Il est accueilli dans le cadre de la saison“Africa 2020”, qui met à l’honneur les forces créatrices des 54 États du continent.

15 janvier – 17 février / Odéon 6e
Comme tu me veux
de Luigi Pirandello
mise en scène Stéphane Braunschweig
création
Dix ans après la fin de la Grande Guerre, la scène est à Berlin – ville où Pirandello résida plusieurs années, à la veille de la prise du pouvoir par les Nazis. Au centre de la pièce, “L’inconnue”, une danseuse de cabaret, maîtresse de l’écrivain Salter, qu’a reconnue dans la rue un photographe italien. Selon lui, elle n’est autre qu’une certaine Lucia, jeune mariée portée disparue à la fin du conflit mondial au nord de l’Italie, dans une région qu’avaient occupée et dévastée les troupes autrichiennes. Rentré de la guerre dans une maison vide, Bruno, son époux, n’a cessé de la chercher. Mais est-ce bien elle, cette femme qui semble vouloir oublier son passé dans une vie de débauche ? Ses réactions, face à ces retrouvailles, sont ambiguës, et le restent lorsqu’elle retourne vivre auprès de son époux, en Italie. Imposture ou amnésie traumatique ? Et du côté de Bruno, foi dans le miracle ou opportunisme de celui qui, veuf, aurait été dépossédé des biens de sa femme ? Mi-drame policier, mi-fable existentielle, Comme tu me veux est aussi une pièce sur fond de ruine et de désastre, située dans une Europe au bord d’un nouveau naufrage. Après Soudain l’été dernier de Tennessee Williams et Nous pour un moment d’Arne Lygre, Stéphane Braunschweig poursuit son enquête théâtrale sur les énigmes de l’identité, la rémanence des traumatismes, et les jeux de simulacres grâce auxquels on survit.

29 janvier – 20 février / Berthier 17e
Entre chien et loup
d’après Dogville de Lars von Trier
une création de Christiane Jatahy
en français et en portugais, surtitré en français
Artiste associée à l’Odéon, la Brésilienne Christiane
Jatahy travaille depuis longtemps sur le statut de l’étranger et l’accueil de l’exilé : en témoignent ses deux précédents spectacles, inspirés de l’Odyssée. Frappée par l’évolution politique récente de son pays, elle puise cette fois-ci sa matière dans Dogville, de Lars von Trier, l’un des films les plus forts des années 2000. Elle y a vu l’instrument idéal pour mettre à nu les racines du mal en toute communauté. À travers une libre adaptation du scénario, elle offre au public l’occasion de multiplier et d’approfondir ses points de vue en oscillant sans cesse entre présence scénique et proximité filmique. Jatahy aime faire dialoguer en direct le théâtre et le cinéma. “Dans l’ombre et la lumière, tout sera visible : les acteurs filmés et filmant, les scènes, la musique, le montage – tout ne sera que fiction. Une fiction racontant l’histoire d’une femme brésilienne. Une femme qui s’auto-exile. Elle fuit le fascisme et sans s’en rendre compte, se jette dans ses bras, comme un être qui avance, résolu, vers son destin tragique. Cela pourrait se passer n’importe où dans le monde. Mais c’est ici et maintenant.” Sur ce carrefour entre scène et plateau, Jatahy réunit autour de Julie Bernat, son actrice de prédilection, une distribution franco-suisse avec laquelle poser la question qui lui tient à coeur : comment rompre le cycle du pire, que faisons-nous pour réellement
changer ?

2 – 20 mars / Berthier 17e
La Réponse des Hommes
texte et mise en scène Tiphaine Raffier
Comment nous orienter en matière éthique ? Traversant récemment la série filmique du Décalogue de Kieslowski, Tiphaine Raffier y a reconnu une oeuvre qui ne cesse de mesurer l’intervalle entre nos actes et nos principes de conduite. Fascinée depuis toujours par les questions que posent de tels écarts, elle voit dans le théâtre un laboratoire où jouer des distances “entre ce que l’on entend et ce que l’on voit, entre l’image et l’écrit, entre le visible et l’invisible, la matérialité du plateau et l’imaginaire du spectateur”. Il est ce “lieu qui peut à la fois séparer et réconcilier les êtres”, associer la radicalité de la recherche au plaisir simple de raconter des histoires, confronter la réflexion morale aux nécessités et aux urgences de la vie concrète. Pour sa nouvelle création, Tiphaine Raffier a choisi, suivant l’exemple de Kieslowski, d’imaginer des situations fictionnelles mettant à l’épreuve certaines des normes censées guider l’action. Elle se fondera pour cela sur les sept“oeuvres de miséricorde” corporelles de la tradition chrétienne (par exemple: “accueillir les étrangers” ; “assister les malades” ; “visiter les prisonniers”), auxquelles s’en ajouteront deux autres, qui elles aussi résonnent aujourd’hui avec une acuité toute particulière : “prier pour les vivants et pour les morts ; sauvegarder la Création”. Neuf “oeuvres” comme autant de défis que l’écriture devra relever, afin d’approcher “les dilemmes et les inquiétudes morales archaïques ou contemporaines qui nous habitent”.

19 mars – 18 avril / Odéon 6e
Le Ciel de Nantes
un spectacle de Christophe Honoré
création
Christophe Honoré porte depuis longtemps en lui
un “film imaginaire” consacré à sa famille. Son scénario existe, précis et détaillé. Cinéaste, il ne s’est jamais décidé à le tourner. Mais l’homme de théâtre qu’il est aussi n’avait pas dit son dernier mot... L’intrigue entrelace six destins sur trois générations. Celle d’Odette, veuve de guerre en 1943, mère de dix enfants. Celle d’Annie(16 ans en 1960), de Claudie (17 ans en 1973), ou de Jacques, le dernier garçon, le préféré d’Odette. Celle enfin de Christophe, 15 ans en 1985. Il se passionne pour le ciné-club du lycée, part faire des études àRennes, puis monte à Paris où il arrive trop tard pour  rencontrer les artistes qu’il admire, tous emportés par le sida – mais cette dernière histoire, Honoré nous l’a déjà racontée dans Les Idoles. Le Ciel de Nantes aborde celle qui l’a précédée, et qui conduit entre autres à la naissance de sa vocation. Pour jouer tous les personnages de ces six petits romans individuels et les immerger dans notre histoire collective, l’auteur-metteur en scène s’est entouré de sept comédiens. Parmi eux, le public de l’Odéon reconnaîtra plusieurs interprètes des Idoles. Ensemble, ils restituent ce film-théâtre face au public, le plus exactement possible, dans un décor de cinéma désaffecté où ils se sont réunis “comme dans un abri”. Une oeuvre où l’émotion et le souvenir de l’émotion sont indissociables.

30 mars – 24 avril / Berthier 17e
La Double Inconstance
de Marivaux
mise en scène Galin Stoev
Arlequin et Sylvia s’aiment et ne veulent pas en démordre.Ce qui pose au Prince, lui-même épris de Sylvia, un problème qui semble insoluble, puisque tout recours à la force lui est interdit. Mais il est des violences plus douces et insidieuses que d’autres. L’amour est-il affaire d’alchimie, ou plutôt de chimie? S’il est un inexplicable miracle, on ne saurait agir sur lui. Mais s’il existe une science du coeur humain, alors un manipulateur habile peut agir sur nos sentiments, en jouant du dosage subtil de quelques ingrédients fondamentaux. La belle Flaminia en est si bien persuadée qu’elle prédit auPrince le dénouement de l’intrigue qu’elle va conduire à son service... Les comédies de Marivaux font souvent songer à des expériences de physique. L’amour initial entre Arlequin et Sylvia est “pareil”, dit Galin Stoev, “à une souris blanche”. Une fois cette souris capturée, Flaminia peut la travailler au corps. Arrachés à leur milieu pastoral, retenus à la cour, les amoureux naïfs sont exposés à toutes les tentations corruptrices de la sensualité, de la vanité, de la nouveauté – bref, à toutes les interférences du social et de l’intime. Dès lors, “tout devient possible. Tout devient exploitable. Tout est permis”. À l’heure de retrouver la précision clinique du verbe et des situations de Marivaux, Galin Stoev ne se doutait pas que quelques mois plus tard, la mise en suspens de l’espace collectif allait devenir notre réalité, contraignant l’Odéon à reporter la programmation de son spectacle – et que cette fable pour temps de confinement où tous, finalement, se retrouvent captifs d’un même environnement réduit et hautement artificiel, nous tendrait un miroir aussi inquiétant: où est le vrai, où est le faux quand l’amour même est affaire de contrôle?

27 avril – 5 juin / Odéon 6e
La Ménagerie de verre
de Tennessee Williams
mise en scène Ivo van Hove
“La scène est la mémoire”. Une mère et deux enfants y cohabitent tant bien que mal. Amanda s’imagine encore en grande dame de la bonne société du Sud. Tom, qui se voudrait poète, subvient aux besoins du trio et saisit le moindre prétexte pour filer au cinéma tandis queLaura, d’une timidité maladive, ne quitte pas la crypte familiale et passe des heures à entretenir sa collection d’animaux en verre filé. Un soir, une solution semble se présenter en la personne de Jim O’Connor, “gentil jeune homme ordinaire” qu’Amanda, toujours énergique et optimiste, verrait bien se fiancer à Laura... L’intrigue deLa Ménagerie de verre se détache sur le fond sombre et grimaçant des années 30. Elle est simple et insaisissable comme un souvenir raconté par Tom. Le plateau est pour lui le lieu où revivre les jours pendants lesquels il arracha sa liberté – mais à quel prix ?... Avec cette pièce, qui fut en 1945 son premier grand succès,Williams règle ses comptes avec sa mère tout en lui rendant un hommage empreint d’humour et d’humilité, et offre de sa soeur Rose un portrait idéalisé qui est aussi une bouleversante déclaration d’amour. Une semaine après la création du spectacle, à la suite des mesures de confinement décidées par le gouvernement, l’Odéon dut en interrompre les représentations. Il fallait donner au public une chance de voir cette Ménagerie de verre, qui marque la première rencontre artistique entre Ivo van Hove (de retour à l’Odéon après Vu du pont en 2017) et Isabelle Huppert, ici dans un rôle mythique du répertoire américain.

7 mai – 5 juin / Berthier 17e
Antoine et Cléopâtre
de William Shakespeare
mise en scène Célie Pauthe
Antoine et Cléopâtre : un amour fou, une histoire impossible. L’une des trois pièces de Shakespeare à porter le nom d’un couple. Comme Troïlus et Cressida, le général romain et la reine d’Égypte vivent leur histoire en temps de guerre. Comme Roméo et Juliette, leur passion ne s’achèvera qu’avec leur mort. Mais contrairement aux amants de Vérone, Antoine et Cléopâtre n’en sont plus à la jeunesse de l’amour. Lui est marié à la soeur d’Octave; elle a été la compagne de Jules César. Avant même de se rencontrer, chacun sait que l’autre va user de la séduction comme d’une arme politique. Et pourtant, dans cet univers où seuls semblent compter l’ambition, le pouvoir nu et le rapport de forces, c’est bien l’amour qui va surgir entre ces deux êtres, irrésistible. Envers et contre tout et tous, y compris eux-mêmes, par-delà les désillusions, les calculs, les trahisons, Antoine et Cléopâtre s’obstineront à partager le même rêve: celui d’inventer un monde où le Tibre et le Nil mêleraient enfin leurs eaux. Ce rêve a pris fin au large d’Actium, en 31 avant J.-C., lorsque leur flotte fut mise en déroute par celle d’Octave César. Mais même le futur Auguste ne put empêcher ce rêve englouti de revenir hanter l’Histoire. Racine, dans Bérénice, en a donné sa vision tragique, dont Célie Pauthe a signé une mise en scène aux Ateliers Berthier. Pour donner corps à la tragédie de Shakespeare,
elle fait à nouveau appel à Mounir Margoum et à Mélodie Richard.

12 – 27 juin / Odéon 6e
Berlin mon garçon
de Marie NDiaye
mise en scène Stanislas Nordey
Romancière, prix Femina pour Rosie Carpe(2001), prix Goncourt pour Trois femmes puissantes (2009), Marie NDiaye écrit aussi du théâtre depuis vingt ans. La troublante intrigue de sa nouvelle pièce se joue entre la France où elle est née et l’Allemagne où elle réside depuis 2007. Du côté français, une librairie de Chinon tenue par un couple de quinquagénaires, Marina et Lenny. Du côté allemand, un appartement à Berlin dans un immeuble au-dessus duquel planent des choucas.Une ligne invisible s’est tracée entre les deux villes, celle du destin d’un jeune homme : le fils des libraires, disparu dans la capitale sans plus donner de nouvelles. Marina part à sa recherche. À son arrivée, elle ne se doute pas encore que Rüdiger, son logeur, ne lui a pas tout dit sur les conditions de la location. Son fils a-t-il disparu parce qu’il s’est radicalisé ? Prépare-t-il un crime ? Dans quelle contrée inconnue Marina elle-même commence-t-elle à se risquer ? Les ombres de Collodi ou des frères Grimm hantent cette quête terriblement contemporaine d’un enfant perdu dans la nuit de l’Europe. À moins que cette aventure ne soit celle de sa mère, qui finit par renoncer à toute idée de retour en arrière... Depuis trente ans, Stanislas Nordey est l’un des plus ardents défenseurs des écritures contemporaines. Il aborde pour la première fois l’univers inquiétant, la langue altière et suggestive de Marie NDiaye. Du fait de la crise du Covid-19, ce spectacle n’avait pu être accueilli lors de notre précédente saison. Il importait de le présenter au public.


En photo : Sylvain Creuzevault et Stéphane Braunschweig

Pratique


Théâtre de l'Odéon 
Entrée du public : Place de l'Odéon, Paris 6e

Ateliers Berthier
Entrée du public : 1, rue André Suares, Paris 17e (angle du bd Berthier)


Information : 
+33 1 44 85 40 40

Site internet :

www.theatre-odeon.eu