THEATRE GERARD PHILIPE - TGP

LE MALADE IMAGINAIRE
théâtre
11 Septembre 2019 - 15 Septembre 2019
Molière
Claude Stratz
Argan, mari tyrannisé, père abusif, se livre aveuglément aux médecins qui l’entretiennent dans un état maladif, entre fantasmes et névroses. Rendu à l’état végétatif, il ne voit d’espoir, pour sauvegarder sa santé, qu’en l’union de sa fille Angélique avec un homme de médecine. Son choix s’est porté sur Thomas Diafoirus, neveu dégénéré d’un charlatan. Angélique, éprise de Cléante qui lui fait la cour, travesti en maître de musique, refuse cette union que sa marâtre Béline encourage avec hypocrisie.
Ultime pièce de Molière qui meurt après la quatrième représentation, le 17 février 1673, alors qu’il interprète le rôle d’Argan, Le Malade imaginaire est l’une de ses oeuvres les plus abouties. Sous les attraits d’une comédie qui ose les archétypes de la farce – père obtus, amant masqué, soubrette rusée, mort feinte et quiproquo –, il s’agit aussi d’une sombre méditation sur la peur de la mort et la bêtise humaine. Au coeur du XVIIe siècle et de l’âge classique, le créateur du Misanthrope fait surgir l’analyse d’un comportement humain déréglé par nature, celui d’un hypocondriaque nourri d’obsessions, Narcisse réfléchi par le miroir de ses névroses.
On ne peut s’empêcher de voir derrière le personnage d’Argan l’auteur mourant. Le même thème, tragique dans la vie, devient comique sur la scène, et c’est avec son propre malheur que l’auteur choisit de faire rire. Pour cette brillante comédie-ballet, la troupe de la Comédie-Française reprend la mise en scène de Claude Stratz créée en 2001 et jouée régulièrement depuis avec succès.

Lewis versus Alice
création
Théâtre musical
27 Septembre 2019 - 13 Octobre 2019
Lewis Carroll
Macha Makeïeff
Après La Fuite !, traversée hallucinée des Russes blancs jusqu’en terre d’asile, Macha Makeïeff confronte sa fantaisie, qui est vaste, à celle d’un écrivain victorien inclassable, l’énigmatique Lewis Carroll. Affabulations, murmures, ragots, persiflages autour de l’auteur d’Alice… Qui est ce fils de pasteur et clergyman lui-même, marginal et célèbre, pédagogue dépressif, polémiste, ce logicien qui écrit des contes extravagants ? Chez ce poète du nonsense, il n’est question que de décalages, de mots à l’envers et d’énigmes sans réponse… On n’aurait de véritable existence que dans le rêve. C’est qu’il y a au-dessus des têtes un surnaturel chaotique qui tient du magique – fées et fantômes, ectoplasmes, âmes capturées sur des plaques de verre, fils de Dieu mélancolique, prophètes vengeurs et autres miracles. Sans oublier les personnages étranges et loquaces, Humpty Dumpty, Chat du Cheshire, Snark, Twiddledum et Twiddeldee, Chapelier fou, Dodo… et toutes ces fantasmagories qui dansent quand on s’ennuie trop longtemps sur le banc du presbytère. Folie mécanique, inepties salutaires, jouissances de l’imagination, cela pour désarmer les puritanismes, lutter contre tout esprit de sérieux qui serait une malfaisance, une faute de goût. Comme une arme, le féerique plutôt que le réel.
La langue de Carroll, il faut la chanter, la faire entendre sous toutes ses coutures, lui qui fréquentait assidûment, malgré la condamnation de l’évêque d’Oxford, la pantomime et le théâtre.
Les acteurs de Lewis versus Alice ? Hors du temps et gothiques, extravagants. Qu’ils chantent, dansent, racontent, polémiquent ! Qu’ils aient des visions et prennent le thé au milieu de nulle part. Fantasy ! Ils font ainsi l’éloge d’une excentricité so british, libre jusqu’à l’absurde.

Rumba trop puissante !
musique
5 Octobre 2019
Braka
Voici le programme d’une journée de fête dionysienne en déambulation, en plein air et en musique ! Depuis plusieurs années, le TGP conduit le projet de réalisation d’une signalétique dans la ville. Mené par le collectif Bonjour Cascade sous la forme d’un chantier d’insertion professionnelle, il a rassemblé douze jeunes adultes réfléchissant à la meilleure manière d’indiquer la direction du théâtre qui, géographiquement et symboliquement, peut parfois paraître éloigné. Dans un second temps, ils ont participé à la conception et la réalisation de scènes mobiles. Ces dernières, accolées à cinq panneaux de céramique fixés sur les murs, forment de petits théâtres de rue, devenant décor le temps d’une performance artistique.
La Fête de Saint-Denis est l’occasion d’inaugurer ce dispositif avec le musicien Braka et ses acolytes, selon un parcours qui mènera du quartier Pierre Semard à la Halle du marché, en passant par la Porte de Paris et l’église de l’Estrée. À l’issue de cette joyeuse promenade, Braka convie les Dionysiens à un bal pas comme les autres, sur le parvis du TGP.
Batteur, compositeur et créateur sonore, Braka découvre la rumba congolaise à l’âge de douze ans. Il est conquis par la joie rayonnante de cette musique. Aujourd’hui, après avoir mené de nombreux échanges musicaux entre Afrique et Occident, il propose Rumba Trop Puissante !, accompagné par sa formation Le Bal des ELPHTS, un orchestre polymorphe et atypique.
Il invite les idoles de sa jeunesse, ces vieux musiciens congolais, à mêler leur jazz africain à celui des musiciens français. Au-delà de la rencontre humaine et artistique, Braka revisite ce répertoire et invite le public à le (re)découvrir dans un moment de danse partagé et convivial.

Des cadavres qui respirent
création
théâtre
9 Octobre 2019 - 13 Octobre 2019
Laura Wade
Kelly Rivière et Blandine Pélissier
Chloé Dabert
Si, en invitant cette saison l’AtelierCité du ThéâtredelaCité de Toulouse, le Théâtre Gérard Philipe répond à l’une de ses missions, celle de favoriser l’insertion professionnelle des jeunes artistes, il le fait avec un enthousiasme qui dépasse la satisfaction du devoir accompli.
À l’époque où celui-ci s’appelait l’Atelier volant, l’AtelierCité fut un vivier dans lequel Jean Bellorini puisa avec bonheur. Lors d’un stage, il créa avec quatre jeunes comédiens en formation Un fils de notre temps d’Ödön von Horváth, qui donna lieu par la suite à quelque cent-vingt représentations dans toute la France. La saison dernière, les mêmes acteurs ont présenté Onéguine d’après le roman en vers d’Alexandre Pouchkine. L’histoire est belle, les liens avec Toulouse sont demeurés et c’est naturellement qu’ils permettent la découverte de cet étonnant Des cadavres qui respirent.
Sept jeunes acteurs donc, pour endosser les personnages d’Emma, Jim, Tom, Kate, Elaine, Ben et Charlie, Anglais de la middle-class, apparemment sans histoires. C’est sans compter la fantaisie un brin cruelle de l’autrice, Laura Wade, qui a reçu pour cette comédie noire jamais jouée en France de nombreux prix dans son pays natal. Il s’agit d’une pièce à tiroirs où chaque scène s’emboîte dans la précédente, par le motif récurrent de la découverte d’un cadavre.
Englués dans un quotidien où l’ennui règne, nos héros ordinaires voient leur monde exploser, leurs repères s’effacer, leurs proches perdre la tête. Petites et grandes souffrances s’entrechoquent. La mort, omniprésente, ne montre jamais le même visage. Elle est tour à tour grotesque, pitoyable ou cruelle. On suit avec un plaisir sournois ce jeu de piste au suspense tranchant.

Octobre à Saint-Denis
création
danse
1 Novembre 2019 - 3 Novembre 2019
Maguy Marin
Création intergénérationnelle avec des amateurs
Après Ligne de crête, Maguy Marin revient pour une nouvelle création au TGP. Cette fois, il s’agit d’une production in situ. Cette pièce poursuit l’histoire entre le théâtre et le quartier du Franc-Moisin. Après Philippe Ripoll, Didier Ruiz et Thierry Thieû Niang, Maguy Marin a accepté l’invitation de Jean Bellorini à conduire un projet artistique avec des amateurs.
Maguy Marin est une figure incontournable de la danse. Depuis trente-cinq ans, elle invente un langage original, fouillant les gestes et les sons du corps, le texte et la musique live. Animée d’une puissance plastique et poétique rare, elle interroge la condition humaine, les phénomènes de consommation, la critique sociale et les combats d’humanité. 
Alors que ses pièces tournent à travers le monde et sont interprétées par de prestigieux ballets, cette création sera l’une des très rares occasions de découvrir son oeuvre travaillée avec et pour des danseurs non professionnels.
La plupart des interprètes vivront leur première expérience de la scène. Au fil d’ateliers et de rencontres, une communauté chorégraphique est née, composée d’une trentaine d’habitants-danseurs âgés de huit à soixante-quinze ans.
Avec Maguy Marin, ces habitants nous posent quelques questions essentielles : quelle place pour le monde dans la danse ? Quelle place pour la danse dans un théâtre ?
L’illustrateur Jérémie Fischer se voit confier une carte blanche sous la forme d’un ouvrage illustré. Bien plus qu’un compte-rendu, son livre sera un libre prolongement de cette histoire commune.

LES SONNETS
création
danse, théâtre
23 Novembre 2019 - 30 Novembre 2019
William Shakespeare
Yves Bonnefoy, William Cliff, Pascal Collin, Jacques Darras, Jean-François Peyret
Thierry Thieû Niang et Jean Bellorini
Depuis 2014, Jean Bellorini et Thierry Thieû Niang ont dirigé au TGP une centaine d’amateurs. La Troupe éphémère, Au cœur, Ses Majestés : tous ces projets et leur aboutissement – les représentations – révèlent la beauté des humains qui les font exister et la force d’être ensemble sur une scène de théâtre, face à un public. Sans démagogie, sans pathos, ces projets élèvent, transforment, libèrent.
En 2018, Jean Bellorini et Thierry Thieû Niang ont uni leurs forces et créé ensemble Les Sonnets, un spectacle puisant à la source de la poésie shakespearienne, avec 23 jeunes, âgés de 8 à 20 ans, originaires de Saint-Denis et ses environs.
Il est difficile de décrire l’alchimie particulière qui a opéré, la façon dont les adolescents ont saisi l’esprit et le souffle du poète. Quelque chose s’est produit, dans la clarté de leurs voix et de leurs corps dansants. À la lumière de l’eau mouvante, celle d’une piscine installée sur la scène du théâtre, les acteurs se sont jetés à corps perdu dans cette langue, dans l’émotion d’un homme à fleur de peau qui raconte avec des mots en or le miracle et le désastre de l’amour.
Une chose est certaine : l’envie d’un nouveau plongeon dans l’onde pure et sombre des Sonnets a été la plus forte, le spectacle est repris pour quatre soirées exceptionnelles.

Vie et mort de Mère Hollunder
création
théâtre
30 Novembre 2019 - 7 Décembre 2019
Jacques Hadjaje
Jean Bellorini
Mère Hollunder est vieille comme le monde. Elle est la mémoire du monde.
Elle se souvient de tout mais pas forcément dans le bon ordre. Aucune importance, la vie n’est pas un livre de comptes. Seule compte la vérité des sentiments. Et Mère Hollunder bouillonne de sentiments. Souvent, même, le couvercle de la marmite saute. Mère Hollunder explose. De joie. De colère. Ce qui est sûr, c’est qu’elle ne se laissera pas faire. Les fantômes qui viennent la visiter ne lui font pas peur. Ils ne réussiront pas à l’entraîner vers le côté obscur de la vie. Elle connaît une parade lumineuse : résister. Son mot préféré est « non ». Un « non » joyeux, malin, déraisonnable. « Non » à la bêtise, à l’injustice, à la fatalité. Elle est une empêcheuse de se lamenter en rond. Mère Hollunder est un très vieux clown. Son rôle est de dire la vérité, comme seuls les clowns savent la dire.
Mère Hollunder est née dans une pièce de théâtre. C’est le Hongrois Ferenc Molnár qui l’a inventée en écrivant Liliom en 1909. Personnage épisodique, elle ne faisait qu’y passer, toujours ronchonnant et armée de son appareil photo. Jacques Hadjaje, qui a revêtu l’étonnant costume de Mère Hollunder dans la mise en scène de Jean Bellorini, prolonge aujourd’hui son existence et en fait l’héroïne de sa propre histoire. Il a beaucoup rêvé à elle en répétant, en se maquillant, en jouant. Un coup de foudre qui, en quelque sorte, s’est transformé en une relation amoureuse un peu plus durable. C’est de cet amour et de la conviction que Mère Hollunder se devait de prendre la parole qu’est né ce spectacle. 

AFRICOLOR
musique
3 Décembre 2019
ANN O’ARO
DANYÈL WARO 
Zistwar Ti Zan parkot é Sin Dni
Cette balade créative propose de mêler visite guidée et spectacle vivant. Un musicien et un comédien imaginent une promenade pour découvrir autrement l’histoire, les légendes et les célèbres personnages des contes réunionnais.
Ann O’aro
Lors de l’édition 2016, Ann O’aro présentait son premier projet. Forte de son succès, elle revient cette année avec l’audace et la fougue qui lui sont propres.
La chanteuse aime le mouvement du corps, des rythmes et de la voix : « Je viens des arts martiaux et de la musique, avant de choisir le maloya, pour chanter sur des sujets intimes. » Son écriture est une fulmination poétique portée sur les tabous insulaires et les émotions fortes, la violence sexuelle, l’inceste et la passion amoureuse. Comme dans Kap Kap, une de ses chansons écrites en créole réunionnais, un fonnkér (« fond du coeur ») cru et cinglant qui décrit l’étreinte d’un père incestueux, et embrasse la folie et la violence d’une pulsion criminelle dans toute sa banale barbarie. Le chant d’Ann O’aro plonge dans la réalité et n’a pas peur des ombres.
Danyèl Waro
Longtemps occulté, le maloya a été relancé dans les années 1970 par les mouvements indépendantistes avant de renaître dans les années 1980. Danyèl Waro a permis au maloya de retrouver son sens originel et de porter un message de révolte, d’espoir et de courage en faisant prendre conscience à de nombreux Réunionnais de l’importance de leur patrimoine culturel. En créole, il dénonce les nouvelles formes de dépendance qui ligotent encore l’île à l’État français. Danyèl Waro cisèle ses mots avec le même soin, le même amour des choses bien faites qu’il met à peaufiner les instruments : le kayanm, un instrument plat fabriqué à partir de tiges de fleurs de canne et rempli de graines de safran sauvage, et le roulèr, gros tambour monté à partir d’une barrique de rhum sur laquelle est tendue une peau de boeuf.
Perpétuel insoumis, Danyèl Waro met en avant sa « batarsité ». Ni blanc ni noir, le Réunionnais est métissé : si la recherche de son origine le mène dans une impasse, l’addition de tous ces mélanges fait sa force.
Après son premier passage en 1993 au Théâtre Gérard Philipe, la collaboration entre le festival et cet artiste hors du commun ne s’est jamais arrêtée.

Et le cœur fume encore
théâtre
7 Décembre 2019 - 20 Décembre 2019
Margaux Eskanazi et Alice Carré
Kateb Yacine, Assia Djebar, Jérôme Lindon
Margaux Eskanazi
Écrire en pays dominé : c’est sous le signe de l’ouvrage de Patrick Chamoiseau que la compagnie Nova a voulu placer ses deux derniers spectacles. Après Nous sommes de ceux qui disent non à l’ombre, traversée poétique, politique et musicale des courants de la négritude et de la créolité, Et le coeur fume encore retrace les mémoires, les littératures et les silences de la guerre d’Algérie. Cette saison, le TGP présentera le premier volet du diptyque dans onze lycées d’Île-de-France et le second en ses murs.
Partant du constat que les non-dits entourant la guerre d’Algérie imprègnent encore un nombre considérable de familles en France, désireux d’aborder les questions de transmission, d’héritage, de tabous et de refoulements de ces mémoires, les membres de la compagnie ont croisé matière documentaire (témoignages recueillis au sein de leurs propres familles ou de leurs proches, archives historiques) et matière littéraire (poésie, textes dramatiques, romans).
Ce travail minutieux de collecte a été leur point de départ pour s’immerger dans l’Histoire. Passant sans cesse de l’intime au politique, du réel à la fiction, ils créent des scènes qui s’inspirent d’événements historiques, incarnent militants et travailleurs algériens, soldats français, anticolonialistes, harkis, pieds-noirs et leurs descendants. Ce faisant, ils parviennent à mêler rigueur et légèreté, fabriquant un théâtre simple, aux codes dramaturgiques clairs. Les sept acteurs passant d’un rôle à l’autre maîtrisent l’art de la rupture, entretiennent une forte complicité et défendent leurs personnages avec humanité. Surgit un théâtre vivant, nuancé, intelligent et drôle qui, en donnant la parole à ceux qui se sont tus trop longtemps, éclaire les fractures sociales et politiques de la France d’aujourd’hui.

Le train zéro
création
théâtre
8 Janvier 2020 - 26 Janvier 2020
Iouri Boïda
Sophie Benech
Aurélia Guillet
Après cette rentrée marquée par les auteurs anglais, le retour en terre slave s’imposerait presque. Voilà des années que le TGP partage sa passion pour la littérature et le théâtre russes : Tchekhov, Pouchkine, Dostoïevski, Boulgakov, Erdman, Andreïev, Blok, Harms, Akhmatova ont hanté, par-delà les siècles, toutes les salles du théâtre. Leurs illuminations, leurs fulgurances, un peu de leur âme, nous sont parvenus.
Cette saison, c’est Iouri Bouïda qui ouvre les pages de son Train Zéro. Né dans la région de Kaliningrad en 1954, il vit actuellement à Moscou. Depuis 1992, il a publié de nombreux livres en Russie où son oeuvre jouit d’un grand prestige. En France, certains de ses ouvrages sont traduits et publiés. Il reste pourtant à découvrir.
La metteuse en scène Aurélia Guillet adapte ce récit crépusculaire et le confie au comédien bulgare Mirglen Mirtchev. Il incarne Ivan Arbadiev, le dernier habitant d’une colonie ferroviaire située à la lisière du monde. Pendant des années, avec une petite communauté de femmes et d’hommes, il a attendu le passage quotidien du Train Zéro, contrôlé par l’armée, dont les portes plombées et un secret absolu protègent le contenu. Resté seul, il convoque des souvenirs empreints de l’obsession de servir un système dont il est le pur produit.
Ce texte puissant et dense évoque le régime concentrationnaire soviétique mais il se déploie plus largement. Les personnages sont tellement pris par leur désir de vie, d’amour, de compréhension ou d’acceptation, que leur humanité saisit bien au-delà du contexte historique. Le Train Zéro peut être une métaphore de ce qui fait sens ou non, de ce qui fait vivre ou mourir.

ET TU N’ES PAS REVENU
création
théâtre
23 Janvier 2020 - 2 Février 2020
Marceline Loridan-Ivens avec Judith Perrignon
Eva Moldenhauer
Claus Peymann
C’est une création théâtrale comme une invitation à des amis qu’on ne voit pas souvent et qui nous manquent. Claus Peymann fut l’homme qui ouvrit les portes du Berliner Ensemble à Jean Bellorini, en l’invitant en 2016 à y créer Le Suicidé de Nicolaï Erdman. Il était alors le directeur de ce prestigieux établissement fondé par Bertolt Brecht. Il y a mis en scène les plus grands textes du théâtre européen. Aujourd’hui libre, il accepte à son tour l’invitation qui lui est faite de venir présenter une adaptation du récit de la scénariste et réalisatrice Marceline Loridan-Ivens, Et tu n’es pas revenu. Là aussi, par amitié, car Marceline était une de ses proches. Elle est partie le 18 septembre 2018 mais son souvenir reste vivace dans beaucoup d’esprits et de cœurs.
Le texte est une longue et poignante lettre à son père, avec qui, le 29 février 1944, Marceline fut arrêtée lors d’une rafle. Déportée à Birkenau, elle subit l’horreur des camps et parvint à survivre. Son père, lui, ne revint pas d’Auschwitz. De cette déclaration d’amour filial, de ce bouleversant témoignage d’une dame âgée qui convoque la très jeune fille qu’elle était, émanent une luminosité et une force peu communes. Marceline Loridan-Ivens lève aussi le voile sur la violence du retour et le gouffre de la culpabilité. Et puis, au-delà, elle décrit l’intensité de la renaissance. Pour donner voix à ce texte, deux femmes issues de deux générations et de deux pays différents : Carmen-Maja Antoni, célèbre actrice en Allemagne, superbe Mère Courage dans la mise en scène mythique de Claus Peymann, et Clara Mayer, présente auprès de Jean Bellorini dès Tempête sous un crâne, puis émouvante Julie dans Liliom, et flamboyante Grouchenka dans Karamazov. L’une en allemand et l’autre en français, porteront haut et fort l’universalité de ce témoignage du passé qu’il faut continuer à faire entendre, toujours.
Spectacle en français et en allemand surtitré en français.

RUY BLAS
création
théâtre
26 Février 2020 - 15 Mars 2020
Victor Hugo
Yves Beaunesne
Depuis son aventure du Cid en 2016, ayant pris goût aux alexandrins, le metteur en scène Yves Beaunesne attendait avec impatience de se confronter à nouveau à un de ces textes éternels qui permettent de mettre à distance et en perspective notre époque. L’occasion lui en est enfin donnée cet été dans le cadre d’une invitation au Château de Grignan, qui se prolongera à Saint-Denis. Il choisit une pièce à la fois très connue et peu montée : Ruy Blas. Il y a, avec ce Hugo qui se montre si sensible aux désordres du monde, un conte de fées – un valet aime la reine et devient son premier ministre –, un mélodrame – deux cœurs purs saisis d’amour fou succombent à un serpent machiavélique –, une tragédie sociale – malgré sa valeur, un prolétaire meurt victime de la tyrannie des grands –, un drame romantique – puisque l’homme du peuple a le génie pour couronne, sa place n’est plus dans les marges ou les bas-fonds, mais au sommet de la société –, et une comédie avec ses scènes cultes que n’ont pas reniées Louis de Funès et Yves Montand.
François Deblock est Ruy Blas. Depuis le début de son parcours, il est l’un des comédiens fétiches de Jean Bellorini (Paroles gelées, La Bonne Âme du Se-Tchouan, Karamazov ), un jeune acteur happé autant par le théâtre (Prix Beaumarchais, Molière de la révélation théâtrale) que par le cinéma (avec Gérard Jugnot, Louane Émera, Géraldine Chaplin…). La jeune reine est incarnée par Noémie Gantier qui, depuis plusieurs années, porte haut les couleurs du travail de Julien Gosselin. Autour d’eux, une sacrée troupe composée de fidèles comme Marine Sylf, Fabienne Lucchetti, Maximin Marchand, et de nouveaux camarades comme Thierry Bosc, Jean-Christophe Quenon, Guy Pion.

LUCY IN THE SKY EST DÉCÉDÉE
création
théâtre
6 Mars 2020 - 22 Mars 2020
Bérangère Jannelle
Ayant longtemps étudié la philosophie et passionnée par les sciences humaines, Bérangère Jannelle a commencé à écrire Lucy in the sky est décédée quand elle a découvert que les paléoanthropologues, les ethnologues du temps présent, les philosophes et les scientifiques se rejoignaient pour affirmer qu’il y avait eu plus de révolutions humaines accumulées au cours du dernier quart de siècle qu’en quatre millions d’années. Tout d’un coup, le vertige ressenti quotidiennement par l’effet d’accélération du réel, de compression du temps, prend sens. Et la question de ce qui constitue notre humanité se pose.
La pièce se présente comme un conte moderne, une chronique à la fois documentée et fabulée de la naissance du monde contemporain, depuis la découverte de Lucy en 1974 et le premier grand choc pétrolier jusqu’à aujourd’hui. Que s’est-il passé ? Trois hommes et une femme remontent le temps, dans un appartement envahi par le sable noir du désert, qu’ils ont autrefois habité. Ils évoquent l’histoire de leur rencontre, de leurs amours et du deuil qui les touche. Les récits impulsent le jeu des comédiens, voguent à la crête des années passées et c’est toute la genèse d’une époque qui défile. Du plateau devenu champ de fouilles, foré comme par des trous de mémoire, vont ressurgir les pièces d’un grand puzzle qui est le leur mais aussi le nôtre.

NOUS, L’EUROPE, BANQUET DES PEUPLES
création
théâtre
25 Mars 2020 - 2 Avril 2020
Laurent Gaudé
Roland Auzet
L’Europe, plus que jamais malmenée, soumise aux critiques, rongée par les nationalismes, semble ne plus faire rêver. L’écrivain Laurent Gaudé émet l’hypothèse que le désir s’est éteint parce que le récit européen n’a pas été encore écrit et que, sans histoire, point de communauté. Il s’attelle, avec le compositeur et metteur en scène Roland Auzet, à la fabrication d’un long poème, parlé et chanté, qui retrace cette histoire européenne, faite de blessures et d’espoirs.
Le projet est ambitieux : il rassemble un groupe d’acteurs, chanteurs ou danseurs de différentes origines, tous riches d’un parcours singulier dans leur pays, et un choeur de foule amateur, formé in situ au cours d’ateliers préalables à la série des représentations.
Articulant voix chantée, voix parlée, voix théâtrale et voix lyrique, l’épopée se déploie, s’appuyant sur la force du choeur au sens antique et la personnalité des acteurs. En mettant en mots les marques de l’Histoire – l’industrialisation, les deux guerres mondiales, le communisme et la déchirure du rideau de fer, mai 1968 à Paris et à Prague, la lutte contre le terrorisme – Nous, l’Europe, banquet des peuples interroge le concept de fraternité, la responsabilité de l’individu dans le groupe, l’utopie de construire ensemble une société plus équitable. Chaque soir, une personnalité issue de la société civile est invitée à rejoindre la troupe, pour livrer sa vision personnelle de l’Europe.

LA TROUPE ÉPHÉMÈRE
La Troupe éphémère 2019-20
création
théâtre
24 Avril 2020 - 26 Avril 2020
Ido Shaked 
Ici, au TGP, la création et la transmission sont étroitement mêlées. En témoignent cette saison le projet intergénérationnel mené avec Maguy Marin, la reprise des Sonnets de William Shakespeare et la présence de la Troupe éphémère chaque samedi jusqu’aux représentations du printemps.
La Troupe éphémère, c’est comme la pulsation cardiaque du TGP. Un coeur qui bat dans la cage de scène du théâtre. Elle est composée d’une vingtaine de jeunes gens âgés de quinze à vingt ans ayant le désir fort de participer à la création d’un spectacle. Au fil des saisons, les jeunes ont fait leurs les poèmes de Jean-Pierre Siméon, la langue ancestrale et puissante de Sophocle, la fougue collective et l’esprit des Lumières de 1793, l’écriture vive et l’humour tranchant de Pauline Sales. Jean Bellorini, ses collaborateurs artistiques, l’équipe permanente du théâtre, tous ont accompagné le processus de création avec engagement et fierté.
Cette année, c’est le metteur en scène Ido Shaked qui dirigera la troupe. Avec sa compagnie, le Théâtre Mâjaz créé en 2008 avec Lauren Houda Hussein, il a déjà présenté deux spectacles au TGP : Les Optimistes et Eichmann à Jérusalem. La saison passée, il a été à l’initiative d’un projet de rencontre entre de jeunes apprentis acteurs de l’école Etty Hillesum de Jaffa en Israël et des lycéens en option théâtre du lycée Gustave Monod d’Enghien-les-Bains.
Le relais est donc assuré, l’éphémère peut durer.

IL TARTUFO
création
théâtre
13 Mai 2020 - 17 Mai 2020
Molière
Carlo Repetti
Jean Bellorini
Après le Berliner Ensemble en Allemagne et le Théâtre Alexandrinski de Saint-Pétersbourg, Jean Bellorini a reçu une invitation du fameux Teatro Stabile de Naples. Fidèle à ses principes, il a accepté cet engagement à la condition que le spectacle créé là-bas puisse être ensuite joué ici, à Saint-Denis. Pour clore la saison et en écho à son ouverture avec Le Malade imaginaire par la Comédie-Française, c’est une autre comédie de Molière, Tartuffe, qui sera présentée. Écrite en 1664, elle fut immédiatement interdite et créa une controverse qui s’acheva en 1669, après une large réécriture et la conclusion concomitante de la Paix de l’Église, marquant la fin d’une grave crise entre le roi Louis XIV et la Papauté d’une part, et les évêques jansénistes d’autre part. Elle met en scène un faux dévot qui multiplie les impostures pour circonvenir et flouer un homme, dérober sa fortune et séduire son épouse.
Molière en langue italienne est une curiosité à ne pas manquer, d’autant plus que la pièce est écrite en alexandrins. Les mésaventures de cette famille bouleversée par l’arrivée d’un prêtre fourbe et lubrique n’en seront que plus colorées, chantantes, vivantes ! Ce Tartufo s’inspirera de toutes les figures de la comédie italienne – gras curé en soutane, servante effrontée à la langue bien pendue, jeunes amoureux passionnés, père ahuri au grand coeur, tout cela dans un décor de cuisine où les portes claquent, l’eau frémit et les sauces aux arômes de tomate et de basilic mijotent.
Spectacle en italien, surtitré en français

Les Rues n’appartiennent en principe à personne
déambulation, théâtre
6 Juin 2020 - 14 Juin 2020
'Espèces d’espaces' de Georges Perec et des témoignages d’habitants
Lola Naymark
Voici une proposition singulière, construite à partir du désir d’aller à la rencontre d’habitants de différentes villes et de les interroger sur leur rapport à l’urbain.
En s’inspirant d’Espèces d’espaces de Georges Perec, Lola Naymark questionne le lien intime et sensible qui fait de tous les citadins des acteurs de l’espace public. Dans chacune de ces aventures, quatre personnes sont interrogées, faisant part de leurs sensations liées à un trajet quotidien.
Chacune parle de la rue poétique, de la rue politique. Chacune apporte sa réponse à la question: à qui la rue appartient-elle ?
Mélanie Péclat met alors en son ces témoignages, créant ainsi une déambulation dont chaque «spectateur», muni d’un casque, va faire l’expérience en marchant.
Après Avignon, dans le cadre de La belle scène saint-denis 2019, Les rues n’appartiennent en principe à personne explorera la Seine-Saint-Denis, proposant deux déambulations dans deux villes distinctes. 

Pratique


Théâtre Gérard Philipe

59, boulevard Jules-Guesde
93 207 Saint-Denis Cedex 



Information : 
01 48 13 70 00
reservation
@theatregerardphilipe.com


Site internet :


theatregerardphilipe.com
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