ODEON - THEATRE DE L'EUROPE

I am Europe
texte et mise en scène Falk Richter
en français et plusieurs autres langues, surtitré en français — durée 1h55
19 septembre — 9 octobre 
Berthier 17e 
L’Europe, c’est quoi ? L’Europe, c’est qui ? Quel sens donner à des concepts tels qu’origine, patrie, foyer, dans une communauté aujourd’hui en crise, menacée par un retour des nationalismes et des populismes ? À défaut de répondre, comment l’art peut-il répliquer ? La nouvelle création de Falk Richter s’inscrit dans le droit fil de ses recherches précédentes, qui ont fait de lui l’une des personnalités théâtrales les plus en vue de ces dernières années. Après avoir rassemblé une jeune troupe de huit hommes et femmes, acteurs, danseurs ou performeurs venus de différents pays d’Europe, en vue d’une “recherche de plateau” dramatique, musicale et chorégraphique, il s’est fixé pour point de départ les biographies des participants, leurs “histoires personnelles et intimes”, leurs souvenirs, leurs points de vue, leurs passions. Ces matériaux ont alimenté l’écriture de Richter. Sous sa conduite, le travail a capté les énergies plurielles des textes et des corps pour raconter ce que sont, dans leur dynamisme multiple, des identités européennes d’aujourd’hui. Chacun des interprètes, dans son art et dans sa langue, contribue à un autoportrait collectif qui est aussi un état des lieux affirmatif et constructif, contre les outrances réactionnaires et les simplifications populistes: l’instantané divers et passionnant d’une autre Europe. Créé en janvier 2019 au Théâtre national de Strasbourg, I am Europe sera ajusté par Falk Richter d’ici sa présentation au public parisien, afin de rester au plus près de l’actualité.

Orlando
de Virginia Woolf 
mise en scène Katie Mitchell
en allemand, surtitré en français
du 20 au 29 septembre 
Odéon 6e 
“L’anatomie, c’est le destin”. La formule, qu’on trouve chez Freud, remonterait à Napoléon. Elle aurait sans doute fait sourire Orlando, car le cours de sa vie en offre une illustration plutôt singulière. De fait, Orlando est l’un des personnages les plus énigmatiques et  surprenants (les plus séduisants, aussi) de la littérature romanesque. Virginia Woolf s’amuse à rapporter la vie de l’impossible Orlando, né sous le règne d’Elizabeth I dans une famille de la plus haute noblesse, et dont l’existence se prolonge jusqu’aux temps où son histoire est publiée, le 11 octobre 1928. À cette date, Orlando n’a vieilli que d’une vingtaine d’années en trois siècles et demi, atteignant l’âge de 36 ans. Mais surtout, par une belle journée de mai, le héros se réveille héroïne... Orlando, enfant de la plus libre fantaisie (fortement  inspiré(e) par la romancière Vita Sackville-West, amante de Virginia Woolf), se joue ainsi de toutes les frontières. Son être échappe aux catégories sociales, aux lois  ordinaires de la mortalité, aux contraintes “naturelles” des genres. Pareil(le) au devin Tirésias, Orlando, qui a fait l’expérience de l’existence sur ses deux versants masculin et féminin, reste sereinement soi-même de bout en bout. En 1993, sous la direction de Robert Wilson, Isabelle Huppert en avait incarné seule en scène toutes les facettes. Aujourd’hui, Katie Mitchell s’appuie sur la prestigieuse troupe de la Schaubühne pour escorter Orlando sur sa longue route, et prolonger de 1928 jusqu’à nos jours son inépuisable jeunesse.

Le présent qui déborde
O agora que demora
Notre Odyssée II
d'après Homère
un spectacle de Christiane Jatahy artiste associée
en plusieurs langues, surtitré en français — durée estimée 2h30
1 — 17 novembre 
Le CENTQUATRE 
Avec Ithaque, créé en 2018 aux Ateliers Berthier, Christiane Jatahy avait présenté le premier volet d’une Odyssée pour notre temps. Livré aux épreuves d’un interminable retour, Ulysse tentait de franchir les obstacles le séparant de son foyer; sur le rivage de l’arrivée, Pénélope guettait des signes de son époux. Dans cette seconde partie, un nouveau personnage fait son apparition: leur fils Télémaque, lui-même lancé dans un périlleux voyage à la recherche de son père. Chez Jatahy, cette recherche qu’entreprend le jeune héros est aussi comme une quête d’autres odyssées inouïes et bien réelles, celles que vivent tant de réfugiés et de migrants aujourd’hui. Dans un premier temps, l’artiste s’est rendue avec sa caméra un peu partout dans le monde, au Liban, en Grèce, en Palestine, en Afrique du Sud ou en Amazonie, afin d’y recueillir des témoignages de personnes jetées sur les routes par la guerre ou la violence. Ce versant documentaire de l’enquête se complète d’un versant fictionnel. Jatahy a invité des comédiens issus des mêmes communautés que ses interlocuteurs à jeter des ponts entre leurs récits et le poème homérique. Ces matériaux seront confrontés en scène avec la performance vivante des interprètes. Et de même que l’exil et la migration traversent et remettent en cause les frontières, on sentira s’abattre les cloisons séparant la fiction du réel, les acteurs des spectateurs, la parole du poète et le chœur des voix anonymes, l’Odyssée mythique au seuil de l’histoire européenne et toutes les odyssées invisibles disséminées à travers notre époque.

Les Mille et Une Nuits
une création de Guillaume Vincent
très librement inspirée des Mille et Une Nuits
Cie MidiMinuit
durée estimée 4 heures (avec un entracte)
8 novembre — 8 décembre 
Odéon 6e 
Les Mille et Une Nuits : “un des plus beaux titres  du monde”, écrit Borges. Guillaume Vincent en résume ainsi le contenu : “un roi est trahi par son épouse, il la décapite ; dorénavant il épousera chaque jour une fille nouvelle qu’il déflorera et exécutera le matin même. Schéhérazade sauve sa tête en commençant une histoire qu’elle interrompt à l’approche du jour. Le roi lui laisse la vie sauve, il veut connaître la suite, ainsi les récits s’enchaînent sans interruption durant mille et une nuits”. Les Mille et Une Nuits sont donc une œuvre sur le fil. Fil d’un récit dont chaque épisode est une perle – et  il y en a plusieurs centaines, allant du merveilleux au scabreux, du franchement glauque au quasi-vaudeville. Fil du rasoir, car le plaisir du conte est ici nécessité vitale : que Schéhérazade cesse de plaire, et sa voix se taira à jamais. Fil d’un labyrinthe, épousant les méandres inextricables du désir et de la mort. Tel que le rêve Guillaume Vincent, qui signe le texte de cette adaptation très personnelle, ce dédale entretissant la cruauté et la sensualité, l’ironie et la naïveté, s’inscrit dans la lignée de son précédent spectacle, Songes et Métamorphoses d’après Shakespeare et Ovide. Il est l’occasion d’un libre voyage scénique entre Orient et Occident, sans autre but que de se perdre entre les “univers réels et  fantasmés”, à la recherche d’un autre monde où la paix serait enfin retrouvée. “Les Mille et Une Nuits”, conclut le metteur en scène, “ou comment le pouvoir de la fiction est capable d’arrêter la barbarie”.

Nous pour un moment
d’Arne Lygre 
mise en scène et scénographie Stéphane Braunschweig
création — durée estimée 1h40
15 novembre — 14 décembre 
Berthier 17e 
Dans Nous pour un moment, se croisent une vingtaine de personnages, en six séquences toujours plus rapides. Arne Lygre – un des plus inventifs dramaturges d’aujourd’hui –  ; les définit avant tout par leurs relations : face à l’autre ils sont tour à tour “amis”, “connaissances”, “inconnus” ou “ennemis”. Au gré de leurs rencontres et de leurs élans, d’une scène à l’autre, leur place change sur l’échiquier relationnel. Mais toutes ces relations sont vouées à s’interrompre, à n’exister que “pour un moment”. Sans doute, comme le note Stéphane  Braunschweig, parce que l’autre est toujours perçu à la fois comme un besoin – échapper à la solitude – et comme une menace – perdre son autonomie; ou  encore parce que ces personnages redoutent la menace qu’ils sont eux-mêmes pour l’autre, le danger de détruire l’autre. C’est la quatrième fois que le metteur en scène crée une pièce de Lygre. Depuis Je disparais (2011), il se passionne pour cette écriture à la fois simple et subtile, qui explore de façon souvent ludique l’instabilité contemporaine des relations et des identités. Stéphane Braunschweig déploie ce théâtre dans de grands espaces poétiques, afin de lui donner toute sa dimension existentielle. Avec sa façon si troublante d’avancer pas à pas dans l’inconnu, de faire naître la fiction sous nos yeux, d’inventer et de dissiper des  rencontres, l’œuvre de Lygre semble épouser la précarité et l’incertitude de nos vies.

Un conte de Noël
d’Arnaud Desplechin
mise en scène Julie Deliquet
Collectif In Vitro
durée estimée 2h
10 janvier — 2 février 
Berthier 17e 
Qu’est-ce qui relie une dramaturge à succès, un mathématicien distingué par la médaille Fields, un teinturier amateur de free jazz, une femme souffrant d’une maladie de la moelle osseuse, un veuf semi-escroc et joueur un peu trop porté sur la boisson, un adolescent soigné pour troubles psychotiques ? Même question sous une autre forme : quel point commun entre une maison, des histoires, des secrets, un air, un repas, une scène et une fête ? La famille, bien sûr. En l’occurrence, celle des Vuillard, dont trois générations se retrouvent à Roubaix à l’occasion d’un Noël peu ordinaire...  Pour un cinéaste-auteur tel qu’Arnaud Desplechin et son coscénariste Emmanuel Bourdieu, la famille est bien plus qu’un thème : un sujet à part entière, à la fois collection foisonnante de personnages singuliers et totalité dépassant la somme de ses parties, porteuse d’une personnalité propre. Entre liens du sang et alliances matrimoniales, au carrefour du naturel et du social, de l’individuel et du collectif, de la donnée originelle et de l’institution légale, elle déploie un espace temps particulier, souvent très dramatique, et fournit au collectif In Vitro une matière inépuisable. En adaptant pour une scène bifrontale Un conte de Noël, film qui ne cesse de se souvenir du théâtre, Julie Deliquet aborde ici l’une des formes françaises et contemporaines de la dramaturgie familiale, après une Noce (d’après Brecht), un Vania (d’après Tchekhov) et un Fanny et Alexandre (d’après Bergman) très remarqués.

Oncle Vania
[Дядя Ваня]
d’Anton Tchekhov 
mise en scène et scénographie Stéphane Braunschweig
en russe, surtitré en français — durée estimée 2h45
16 — 26 janvier 
Odéon 6e 
“Le climat est détraqué”, constate Astrov dans Oncle Vania. Et il s’emporte contre une humanité qui ne fait que piller son environnement naturel : “L’homme  a été doué de raison et de force créatrice pour multiplier ce qui lui était donné, mais jusqu’à présent, il n’a pas créé, il a détruit”. Sa misanthropie incurable résonne aujourd’hui avec les sentiments que nous inspirent les diagnostics sombres de nos scientifiques. Sous la peinture de ces “scènes de vie à la campagne” (tel est le sous-titre de la pièce), Stéphane Braunschweig voit se profiler la métaphore d’un monde qui assiste impuissant à la catastrophe annoncée. Les frustrations d’une vie quotidienne où s’éloigne toujours plus l’horizon du bonheur personnel s’y font l’écho d’une frustration plus ample et plus globale : celle de se sentir si petits par rapport au salut d’une humanité en péril. Comme le dit Lopakhine dans une autre pièce de Tchekhov : “C’est des géants que nous devrions être”. Familier de l’œuvre de Tchekhov, Stéphane Braunschweig l’aborde pour la première fois dans sa langue originale : cet Oncle Vania, créé au Théâtre des Nations de Moscou, est le fruit de sa collaboration avec une distribution exceptionnelle réunie pour l’occasion, héritière de la grande tradition russe du théâtre d’art.

Pelléas et Mélisande
de Maurice Maeterlinck
mise en scène Julie Duclos
durée estimée 1h45
25 février — 21 mars 
Berthier 17e 
Mélisande apparaît un jour au pays d’Allemonde, on ne sait comment. On ne sait pas davantage où ni pourquoi elle a épousé Golaud. Et jamais on ne saura de quand date la passion qui va l’unir à Pelléas, d’un amour interdit, fatal comme certains secrets... Avant d’être le célèbre opéra de Debussy, Pelléas et Mélisande fut une pièce, et qui fit date. Créée à Paris en 1893, elle fait entrer le théâtre de l’Œuvre dans l’histoire et marque les débuts à la scène du mouvement symboliste. Allemonde, la terre théâtrale d’une simplicité et d’un dépouillement saisissants où règne Arkël et où surgit Mélisande, se compose d’un sombre château, de parcs et de bois sans limites, de vastes grottes où l’on se perd, de sous-sols toujours menacés par les eaux souterraines. On n’y voit ni le fond ni les frontières des choses : les vaisseaux s’évanouissent dans les brumes au-dessus de la mer, tout comme les anneaux disparaissent dans la profondeur des fontaines. Même les phrases de Maeterlinck semblent se dissiper dans l’air, dissoutes en points de suspension, sans que leur sens soit fixé tout à fait... Pour recréer au Festival d’Avignon 2019, puis présenter aux Ateliers Berthier l’énigmatique magie évocatoire de Maeterlinck, Julie Duclos mêlera les ressources du théâtre et du cinéma, ouvrira les espaces sur des lointains entraperçus, bâtira des chambres sur des cryptes aussi obscures que les forêts de l’inconscient.

La Ménagerie de verre
de Tennessee Williams
mise en scène Ivo van Hove
création
6 mars — 26 avril 
Odéon 6e 
“La scène est la mémoire”. Elle est peuplée d’un trio de figures : une mère, Amanda, et ses deux enfants, Laura et Tom. Amanda s’imagine encore en grande dame de la bonne société du Sud. Tom, qui se voudrait poète, subvient aux besoins de la famille en travaillant dans une usine de chaussures et saisit le moindre prétexte pour filer au cinéma. Quant à Laura, son aînée de deux ans, d’une timidité maladive, voire inquiétante, elle ne quitte pas l’appartement et consacre des heures à entretenir sa collection d’animaux en verre filé...  Trois solitudes presque à huis clos, trois fragilités, trois façons de rêver d’une autre existence. Un soir, une solution semble se présenter en la personne de Jim O’Connor, “gentil jeune homme ordinaire” qu’Amanda verrait bien se fiancer à Laura. Mais Jim n’est qu’un rêve illusoire de plus, sans doute le dernier... L’intrigue de La Ménagerie de verre est simple et insaisissable comme un souvenir raconté par Tom, qui fait du plateau le lieu où convoquer son passé. Avec La Ménagerie de verre, qui fut en 1945 son premier grand succès, Williams réussit une synthèse bouleversante entre l’héritage du symbolisme et l’écriture du quotidien. Du même coup, il invente le memory play, qui redonne à voir l’un des pouvoirs fondamentaux du théâtre : donner corps aux fantômes. Après Vu du pont d’Arthur Miller, autre memory play, Ivo van Hove revient à l’Odéon avec ce chef-d’œuvre fondateur et offre à Isabelle Huppert l’un des rôles mythiques du répertoire américain.

Dans le nom
texte et mise en scène Tiphaine Raffier
Cie La femme coupée en deux
durée 1h40
22 avril — 7 mai 
Berthier 17e 
La campagne, sujet et décor, est rarement portée à la scène. Cette fable moderne lui est consacrée. Depuis toujours, le monde rural a partie liée avec les énergies de la nature, avec les forces de la terre et du temps qu’il faut savoir observer et respecter. Mais la révolution industrielle, la mécanisation, l’invention des engrais chimiques et des pesticides de synthèse, en multipliant la productivité, ont bouleversé les rythmes ancestraux des travaux et des jours du calendrier agraire. L’agriculture est aussi devenue affaire d’administration, de finances, d’aides publiques et de quotas. Cela n’est pas fait pour effrayer le jeune Davy. Après la mort de sa mère, rejoignant en pays d’élevage sa sœur Ilona, il se  reconvertit et s’associe à l’exploitation de son parrain. Tout commence bien, mais lorsqu’il voit les problèmes s’accumuler, Davy ne peut s’empêcher de se poser une question immémoriale : d’où vient le mal ? Et une fois qu’il l’a posée, il lui faudra à tout prix découvrir la réponse, savoir nommer la puissance mauvaise afin d’en venir à bout... S’inspirant de l’anthropologue Jeanne Favret-Saada, notamment de ses enquêtes classiques sur les pratiques de sorcellerie paysanne dans le bocage mayennais, Tiphaine Raffier a composé un récit qui se souvient des rouages du thriller hollywoodien pour jouer avec notre désir de “trouver  le méchant – parce qu’il doit bien y en avoir un” et mieux faire apparaître qu’en régime capitaliste, “système sorcier sans sorciers”, les coupables ne se cachent pas où on le croit.

La Double Inconstance
de Marivaux
mise en scène Galin Stoev
durée estimée 2h
12 mai — 6 juin 
Odéon 6e 
Arlequin et Sylvia s’aiment et ne veulent pas en démordre. Ce qui pose au Prince, lui-même épris de Sylvia, un problème qui semble insoluble, puisque tout recours à la force lui est interdit. Mais il est des violences plus douces et insidieuses que d’autres... L’amour est-il affaire d’alchimie, ou plutôt de chimie ? S’il est un inexplicable miracle, on ne saurait agir sur lui. Mais s’il existe une science du cœur humain, alors un manipulateur habile peut agir sur nos sentiments, en jouant du dosage de quelques ingrédients fondamentaux. La belle Flaminia en est si bien persuadée qu’elle prédit au prince le dénouement de l’intrigue qu’elle va conduire à son service... Les comédies de Marivaux font souvent songer à des expériences de physique. L’amour initial entre Arlequin et Sylvia est “pareil”, dit Galin Stoev, “à une souris blanche”. Une fois cette souris capturée, Flaminia peut la travailler au corps. Arrachés à leur milieu pastoral, retenus à la cour, les amoureux naïfs sont exposés à toutes les tentations corruptrices de la sensualité, de la vanité, de la nouveauté – bref, à toutes les interférences du social et de l’intime. Dès lors, “tout devient possible. Tout devient exploitable. Tout est permis”... Après Le Jeu de l’amour et du hasard, Galin Stoev retrouve la précision clinique du verbe et des situations de Marivaux. Son objectif : exalter, à travers la clarté corrosive d’une pièce qu’Anouilh qualifiait de “terrible”, le charme inquiétant d’un dramaturge en lequel il verrait volontiers un “précurseur de la post-vérité” : où est le vrai, où est le faux, comment et pourquoi s’y reconnaître quand l’amour même est piégé ?

France-fantôme
texte et mise en scène Tiphaine Raffier
durée 2h35
14 — 28 mai 
Berthier 17e 
Nous sommes au XXVe siècle, dans une France d’où la mort même aurait été éradiquée, et dont la nouvelle devise pourrait être “Lucidité, sérénité, immortalité”. Le vieux projet transhumaniste est devenu réalité. Les organismes, trop fragiles enveloppes, ne sont plus que des supports transitoires à notre identité. Son véritable fondement, notre mémoire, se laisse enregistrer pour être intégralement restituée en cas de besoin dans un nouveau corps. Quand Sam disparaît dans un attentat, sa femme Véronique, inconsolable, est donc en mesure de télécharger son être, dûment numérisé et stocké à l’abri dans les profondeurs de l’océan. Mais la science peut-elle garantir un remède à toutes nos peines ? “Si Dans le nom parlait du mystère de l’Annonciation”, écrit Tiphaine Raffier, “France-fantôme prend comme point de départ l’autre grand mythe christique : la Résurrection.” Le vénérable rêve de toute-puissance technique que nourrit l’humanité depuis qu’elle se sait mortelle fournit à la metteuse en scène “le décor par lequel il me faut passer pour pouvoir parler d’autre chose : de l’image, de la mémoire et du chagrin.” Un spectacle qui puise dans toutes les ressources du récit, du plateau et de la musique pour interroger nos utopies contemporaines.

Berlin mon garçon
de Marie NDiaye
mise en scène Stanislas Nordey
durée estimée 1h50
6 — 27 juin 
Berthier 17e 
Romancière, prix Femina pour Rosie Carpe (2001), prix Goncourt pour Trois femmes puissantes (2009), Marie NDiaye écrit aussi du théâtre depuis vingt ans. La troublante intrigue de sa nouvelle pièce se joue entre la France où elle est née et l’Allemagne où elle réside depuis 2007. Du côté français, une librairie de Chinon tenue par un couple de quinquagénaires, Marina et Lenny. Du côté allemand, un appartement à Berlin dans un immeuble au-dessus duquel planent des choucas. Une ligne invisible s’est tracée entre les deux villes, celle du destin d’un jeune homme : le fils des libraires, disparu dans la capitale sans plus donner de nouvelles. Marina part à sa recherche. À son arrivée, elle ne se doute pas encore que Rüdiger, son logeur, ne lui a pas tout dit sur les conditions de la location. Son fils a-t-il disparu parce qu’il s’est radicalisé ? Prépare-t-il un crime ? Dans quelle contrée inconnue Marina elle-même commence-t-elle à se risquer ? Les ombres de Collodi ou des frères Grimm hantent cette quête terriblement contemporaine d’un enfant perdu dans la nuit de l’Europe. À moins que cette aventure ne soit celle de sa mère, qui finit par renoncer à toute idée de retour en arrière... Depuis trente ans, Stanislas Nordey est l’un des plus ardents défenseurs des écritures contemporaines. Il aborde pour la première fois l’univers inquiétant, la langue altière et suggestive de Marie NDiaye.

Les Idoles
un spectacle de Christophe Honoré
reprise — durée 2h30
11 – 28 juin 
Odéon 6e 
Les deux dernières décennies du XXe siècle resteront dans l’Histoire comme “les années sida”. La génération à laquelle appartient Christophe Honoré fut la première à parvenir à l’âge adulte en étant pleinement consciente de cette menace. Honoré a eu vingt ans en 1990, l’année de la mort du cinéaste Jacques Demy. Bernard-Marie Koltès avait succombé un an plus tôt ; un an plus tard, Hervé Guibert était emporté à son tour. Cyril Collard s’apprêtait à tourner Les Nuits fauves, sorti en 1992  – tandis que disparaissait le “cinéfils” Serge Daney, trois ans avant la mort de Jean-Luc Lagarce... Honoré n’aura jamais rencontré ses six idoles. Depuis, il est lui-même devenu écrivain, cinéaste, metteur en scène. Pour donner corps à ses modèles, il s’est replongé dans leurs œuvres, dans les archives de l’époque, dans ses propres souvenirs. Puis il a laissé les matériaux et ses premières esquisses de textes subir l’épreuve du plateau, au cours d’improvisations collectives qu’il a fixées peu à peu, en compagnie de comédiens habitués à sa façon de procéder. Le résultat, comique et poignant, déborde d’intelligence et de joie de vivre. À travers six manières singulières d’affronter le désir et la mort en face, Honoré voulait revenir aux “jours sinistres et terrifiants” de sa jeunesse et créer “un spectacle pour répondre à la question: Comment danse-t-on après ?”. Honoré a trouvé sa réponse – et celle du public, enthousiaste, imposait une reprise.

Pratique


Théâtre de l'Odéon 
Entrée du public : Place de l'Odéon, Paris 6e

Ateliers Berthier
Entrée du public : 1, rue André Suares, Paris 17e (angle du bd Berthier)


Information : 
+33 1 44 85 40 40

Site internet :

www.theatre-odeon.eu