TnBA- BORDEAUX

> Théâtre 
Dans le cadre du Festival International des Arts de Bordeaux Métropole 2016
La nuit des taupes  
(Welcome to Caveland !)

Conception, mise en scène et scénographie Philippe Quesne
Du mar 4 au sam 8 octobre
Mar à 20h30 / Mer et jeu à 19h30 / Ven à 20h30 / Sam à 19h
TnBA – Grande salle Vitez – Durée 1h45 

Dans La nuit des taupes, les humains ont été mis au rebut et la vie s’est déplacée dans des galeries souterraines peuplées de taupes géantes. Quasi aveugles, elles sont tout à leur labeur, défonçant les parois et poussant devant elles d’énormes mottes de terre. Au repos, on les voit se gaver de vers de terre, tenir conciliabule en émettant grognements et borborygmes, dormir, et même donner la vie… Joueuses, elles font aussi de la musique et peignent des fresques sur les parois de leur caverne. Renouant avec les grands récits d’anticipation, Philippe Quesne invente un bestiaire fantastique, un théâtre animalier insolite où le rêve, explorant le fantastique, renoue avec les racines d’un imaginaire bercé de mythes philosophiques. Avec des spectacles mémorables comme La Démangeaison des ailes (2004), L’Effet de Serge (2007), La Mélancolie des dragons (2008) et Swamp Club (2012), Philippe Quesne traque le merveilleux sous le minuscule, scrute les petites communautés au microscope tel un entomologiste. À partir de situations ordinaires associées aux éléments de la nature, l’imagination fertile de ce plasticien-scénographe-metteur en scène, devenu directeur du Théâtre Nanterre-Amandiers, exalte la poésie. Nous transformant en rêveurs éveillés et conscients, Philippe Quesne revendique la magie d’un théâtre réjouissant qui n’a décidément pas de prix.

> Théâtre 
Dans le cadre du Festival International des Arts de Bordeaux Métropole 2016
Les Grandes Eaux
Texte et mise en scène Anna Nozière
Du mar 11 au sam 15 octobre
Mar à ven à 20h / Sam à 19h
TnBA – Salle Vauthier – Durée 1h15

Patrick s’est étouffé avec une paupiette de veau et il est mort. Gilda, sa voisine, connaît un rituel de résurrection qui a réussi avec succès sur sa chouette Marilule. Une amie, Nadine, fascinée par cette idée, convainc Irène, épouse de Patrick, Carole, sa maîtresse, Rose, une autre amie, et Véronique, sa sœur, de ressusciter Patrick… Commence alors une drôle de cérémonie où peur et mauvaise entente créent un duel explosif et d’un comique assumé. L’auteure et metteure en scène Anna Nozière aime s’emparer de sujets intimes et graves et les dépeindre sur le mode burlesque pour mieux en dévoiler le caractère universel. Après avoir décortiqué les strates du cercle familial avec Les Fidèles en 2010, abordé le théâtre dans le théâtre avec La Petite en 2012, elle revient avec Les Grandes Eaux sur un sujet qui nous touche tous : la mort. Sous le voile de la comédie délurée et l’histoire cocasse de cette résurrection, se cachent des questions fondamentales sur notre simple condition de mortels, la fragilité de l’existence et la perte liée à la séparation. L’écriture subtile et pleine d’humour d’Anna Nozière amène une réflexion décalée sur notre rapport au temps, à la vieillesse, au pouvoir, au désir, à notre propre violence… Pour aller encore plus loin que l’au-delà !

> Théâtre 
Dans le cadre du Festival International des Arts de Bordeaux Métropole 2016
99 Words for Void
Un spectacle de Lond Malmborg / Estonie
Du jeu 13 au sam 15 octobre
Jeu et ven à 20h / Sam à 19h
TnBA – Studio de création – Durée 1h35

En anglais surtitré en français 
Au secours ! Nos valeurs fondamentales sont menacées ! Deux chevaliers en armure sont dépêchés sur place pour les défendre mais, problème, ils ne savent pas en quoi consistent ces valeurs. Décidés à comprendre, ils copient et adoptent nos comportements et, ce faisant, apprennent ainsi à parler et à maîtriser notre langue. Mieux, ils s’adaptent également à la structure idéologique qui sous-tend notre culture. Le résultat ne se fait pas attendre : si la rhétorique de leurs déclarations est parfaitement reconnaissable, elle ne fait pas sens. Et, constat inquiétant, ils s’aperçoivent que la parole n’engendre pas forcément la rencontre. Lors de l’attaque contre Charlie Hebdo en janvier 2015, Maike et Iggy Lond Malmborg, performeurs estoniens, étaient à Bruxelles où l’État a réagi à la menace en postant des soldats lourdement armés dans les rues. C’est là que l’idée du spectacle a germé : que défendent ces soldats ? Quelles sont ces valeurs qui doivent être exprimées haut et fort ? En Occident, l’acceptation des règles de l’économie libérale mondialisée a encouragé des politiques fondées sur la valorisation des droits individuels et des libertés personnelles. Mais qu’en est-il du rêve commun ? 99 Words for Void – 99 mots pour du vide – expérimente la manière dont les politiques néolibérales ont construit le fameux projet européen. Qui s’avère malheureusement un modèle où tout espoir d’utopie est balayé par l’injonction au plaisir immédiat et la dictature de l’urgence. Un sursaut artistique et politique salutaire qui nous vient du Nord.

> Théâtre 
Dans le cadre du Festival International des Arts de Bordeaux Métropole 2016
Chekhov’s First Play
Un spectacle de Dead Centre / Irlande
Du mer 19 au ven 21 octobre > 20h
TnBA – Salle Vauthier – Durée 1h15

En anglais surtitré en français
Anton Tchekhov (1860-1904) a 18 ans lorsqu’il écrit sa première pièce, Sans père, qu’il rebaptisera par la suite Platonov. Dans un domaine qui témoigne d’une splendeur passée, tout un petit monde s’ennuie ferme et attend Platonov. Jouisseur, séducteur malgré lui, cet « Hamlet de province » excite par son cynisme et son désespoir. On le disait promis au plus bel avenir, il n’est qu’un petit instituteur de campagne qui disserte sur le sens de la vie, provoque, scandalise… La compagnie irlandaise Dead Centre présente une variation toute personnelle, brillante et inventive, de l’œuvre de Tchekhov. D’entrée, les spectateurs sont accueillis par un metteur en scène quelque peu pontifiant qui leur présente brièvement la complexité de la pièce avant que celle-ci ne commence. Le rideau s’ouvre. Six acteurs, habités par leur personnage, attendent l’objet de leur fascination, Platonov. Les spectateurs, équipés de casques, assistent alors en direct aux commentaires du metteur en scène sur les thèmes abordés, les sous-textes et ses appréciations peu amènes sur les acteurs… À l’arrivée de Platonov, la pièce cède le pas à une interprétation improvisée de personnages au bord de la crise de nerfs, chacun donnant son avis sur le caractère de cet être insaisissable. Ce dérapage existentiel, totalement délirant, fait alors chanceler toute la représentation, de l’effondrement du décor à la destruction des costumes, jusqu’au naufrage des protagonistes.

> Théâtre 
Comédies barbares
Texte Ramón del Valle-Inclán 
Mise en scène Catherine Marnas
Du jeu 3 au jeu 10 novembre
Jeu à 19h30 / Ven à 20h30 / Sam à 19h30 / Mar à 20h30 / Mer et jeu à 19h30
TnBA – Grande Salle Vitez – Durée 2h45

À propos des Comédies barbares, Catherine Marnas annonce la couleur : « Lorenzaccio à côté, ce n’est rien » ! Comprenez les 80 personnages, les 36 changements de décors et les nombreuses intrigues parallèles qu’elle escamotait adroitement à la barbe d’Alfred de Musset. Mais ça, c’était avant de diriger quatorze jeunes acteurs aux appétits d’ogres ! La directrice du TnBA trouve dans ce texte lyrique matière à nourrir leur boulimie de jeu. Avec Comédies barbares, le dramaturge, poète et romancier Valle-Inclán (1866-1936) bâtit une grande fresque de l’Espagne du XIXe siècle inventant un style, l’esperpénto (épouvantail), une déformation grotesque et absurde de la réalité à la manière des peintures de Goya. En trois parties endiablées qui se succèdent comme une vaste épopée – Gueule d’argent (1922), L’Aigle emblématique (1907) et Romance de loup (1908) – il dépeint une société patinée par le patriarcat et le pouvoir du seigneur et maître ; décrit sa région natale, la Galice, rurale et arriérée avec ses croyances en sorcellerie et la prégnance du religieux ; conte des amours contrariées et impossibles… Dans une ambiance très Game of Thrones, digne de Shakespeare ou des tragédies grecques, la truculence le dispute à la paillardise et l’humour à la sauvagerie. Ici, on ne mange pas, on se goinfre, on ne boit pas, on se saoule, on ne fait pas l’amour, on baise ou on viole. Un magnifique terrain de jeu(x) et un beau cadeau d’adieu pour ces comédiens fraîchement diplômés de l’école supérieure de théâtre du TnBA.

> Théâtre 
Le Quat’sous
D’après les textes d’Annie Ernaux 
Mise en scène Laurence Cordier
Du mar 8 au sam 19 novembre
Mar à ven à 20h / Sam à 19h
TnBA – Salle Vauthier – Durée estimée 1h30

«J’ai été coupée en deux, c’est ça, mes parents, ma famille d’ouvriers agricoles, de manœuvres, et l’école, les bouquins (…). Le cul entre deux chaises, ça pousse à la haine, il fallait bien choisir. Même si je voulais, je ne pourrais plus parler comme eux, c’est trop tard. On aurait été davantage heureux si elle avait pas continué ses études, qu’il a dit un jour, mon père. Moi aussi peut-être». Déchirée entre le milieu populaire de ses origines et le milieu intellectuel auquel elle aspire, Denise, brillante étudiante, nous entraîne dans le monde sensuel du café-épicerie de son enfance rempli de personnages truculents et de plaisirs interdits. Par leur sobriété viscérale, les mots d’Annie Ernaux ont cette capacité à faire émerger sans les nommer les choses cachées et les sentiments enfouis. Adaptation croisée de trois de ses romans, Les Armoires vides (1974), Une Femme (1988) et La Honte (1997), Le Quat’sous est une plongée au cœur de l’intimement féminin. Portées par une furieuse gaieté, trois femmes en scène s’emparent sans manière de cette langue dense et brute. Laurence Cordier nous offre un portrait féminin aux multiples facettes. Trois voix, trois corps, trois générations donnent chair à ce texte aussi drôle que poétique, aussi tranchant que sensible.

> Théâtre
Par-delà les marronniers
Revu(e)

Texte et mise en scène Jean-Michel Ribes
Du mer 16 au sam 19 novembre
Mer et jeu à 19h30 / Ven à 20h30 / Sam à 19h
TnBA – Grande Salle Vitez – Durée 1h30

Figures oubliées du mouvement dadaïste, Arthur Cravan, Jacques Vaché et Jacques Rigaut ont vécu en France dans les années 1920, partageant tous trois, sans jamais se rencontrer, un appétit de vie, une brièveté de destin et la reconnaissance posthume. En réaction aux sombres événements de l’année 2015, Jean-Michel Ribes réinvente un des spectacles qui fit sa gloire d’auteur-metteur en scène turbulent, iconoclaste et diablement mélancolique. Il étoffe, pimente, met en musique ce Par delà les marronniers qui célèbre la pensée contestataire et caustique de trois météores de l’art et de la poésie. Dans une sorte de cabaret du désespoir joyeux, ces trois poètes subversifs sont de nouveau parmi nous, prêts à tuer le ronronnement du quotidien, à foudroyer tout ce qui fait autorité, à pratiquer l’umour sans h. Interprétés par les talentueux Maxime d’Aboville, Michel Fau et Hervé Lassïnce, ces dandys singuliers sont les porte-paroles d’une pensée libre, d’une insolence d’être. Le directeur du Théâtre du Rond-Point à Paris compose ainsi une ode à la liberté d’expression et à la fureur de vivre, comme pour livrer bataille à l’absurdité du monde. En s’emparant de l’idéologie dadaïste, vieille d’un siècle, Par-delà les marronniers / Revu(e) démontre combien le rire de résistance n’a pas d’âge.

> Théâtre À partir de 14 ans
Spasmes
Texte Solenn Denis 
Mise en scène Collectif Denisyak
Du mar 22 au sam 26 novembre
Mar et mer à 20h / Jeu et ven à 14h* et 20h / Sam à 19h
TnBA – Salle Vauthier – Durée 1h20

* séances pour les scolaires et autres groupes
Depuis qu’elle s’est fait écrabouiller par un chauffard en sortant du lycée, Amarante erre, fantôme parmi les siens. La défunte, boute-en-train débordant de vitalité et d’aplomb, s’ennuie ferme et n’a de cesse de titiller les vivants afin de communiquer avec eux. Au tout premier chef, sa mère, pâle absente, son père, sosie pathétique d’Elvis Presley, les jumeaux Nacarat et Marengo qui gèrent leur colère dans de convulsives danses ou à coup de peinture sur les murs de leur chambre. Traînant leur peine de mal en pis, le père, loser sublime, balance entre le King et le Roi des cons quand Marengo veut devenir « Supermerdique » ! L’arrivée de Cobalt, petit ami de Nacarat, va-t-il rétablir l’équilibre familial et libérer Amarante ? Avec ce fruit d’une commande du Préau, centre dramatique national de Vire dans le cadre du Festival ADO #7, l’autrice Solenn Denis fignole des personnages sur mesure pour cinq comédiens très investis dont trois adolescents choisis pour leur hardiesse et leur univers très original. Après Sandre, présenté la saison dernière, monologue bouleversant d’une femme brisée interprété par Erwan Daouphars (saisissant de vérité !), elle tranche avec humour dans le vif de la vie familiale et lève allègrement les tabous dans une déferlante d’énergie et d’émotions qui ne laisse aucun répit.

> Théâtre en famille À partir de 6 ans 
La Belle au bois dormant
Texte et mise en scène Jean-Michel Rabeux
Du mar 6 au sam 10 décembre
Mar à 20h / Mer à 14h30* et 19h30 / Jeu et ven à 10h30* et 14h* / Sam à 18h
TnBA – Salle Vauthier – Durée 1h05

Traduit en langue des signes française le 6 décembre 
* séances pour les scolaires et autres groupes
Jean-Michel Rabeux a l’art de revisiter les contes avec toute la folie et l’humour qui le caractérise. Après une version jubilatoire de Peau d’âne en 2014 qui a électrisé tous les spectateurs du TnBA à partir de 6 ans, La Belle au bois dormant n’échappe pas à la règle. Bien sûr, il y a une princesse endormie, une forêt initiatique, le fuseau absolument interdit, le sommeil de cent ans, le fameux baiser qui réveille de la mort… Renouant avec une version d’origine oubliée depuis longtemps, le mixeur de rêves Rabeux réalise un conte des temps modernes. Ici, le prince, plus que charmant au look hip hop, chevauche un skate et sait à peine embrasser une princesse en mal d’amour. La méchante reine, en legging vert fluo et talons aiguilles, est en réalité une ogresse à la faim dévorante. Adepte du dollar et du Kung-Fu, elle se bat contre une fée follement excentrique tout de jaune vêtue, façon bouton d’or. Tout ce beau monde gravite autour d’un arbre fait de métal, de bric et de broc, dans lequel s’agite le côté obscur du conte : un lion beau parleur, un loup enragé, un cœur qui bat dans la main, une marmite géante pleine de serpents… Dans cette version malicieuse, on n’abandonne pas les enfants au profit de méchants arnaqueurs, seuls les parents ont peur, et pour les gentils, le happy end est garanti !

> Théâtre 
Les Animals
Texte Eugène Labiche 
Mise en scène Jean Boillot
Du mer 7 au ven 16 décembre
Mer et jeu à 19h30 / Ven à 20h30 / Sam à 19h / Mar à 20h30 / Mer et jeu à 19h30 / Ven à 20h30
TnBA – Grande Salle Vitez – Durée 2h05

Spectacle en audiodescription le 15 décembre 
Deux pièces zoologiques en un acte d’Eugène Labiche, La Dame au petit chien et Un Mouton à l’entresol, avec un même sujet : le parasite. Et chez le maître du vaudeville grinçant, la bête n’est pas toujours celle qu’on croit ! Car ici, les parasites ne sont aucun des animaux cités – chien, perruche, mouton… – mais bien l’homme, lui-même parasité par ses pulsions : la propriété, l’envie, le désir, le sexe… Dans La Dame, un jeune artiste plein de dettes s’offre en gage, ainsi que ses meubles, à son créancier stupide. De fil en aiguille, il conquiert toute la maison, depuis les domestiques jusqu’à l’épouse neurasthénique qui ne demande que ça. Dans Un Mouton, un couple de bourgeois engage, par souci des convenances, un (faux) couple de domestiques. Tandis que le mari lorgne sur la bonne, le valet profite du logis pour mener d’impossibles expérimentations sur des animaux. Quiproquos en cascade, réparties fines, coups de théâtre saugrenus… Tout l’art de Labiche est réuni dans ces deux pépites hilarantes. Dans une scénographie transformiste originale, Jean Boillot, directeur du NEST centre dramatique national de Thionville-Lorraine, dirige magistralement ces deux satires savoureuses et endiablées. Le jeu, étourdissant et joyeux de cinq comédiens à la verve désopilante, n’impose aucun répit et laisse le spectateur pantelant… de rire.

> Théâtre 
Don Juan revient de la guerre
Texte Ödön von Horváth 
Mise en scène Guy Pierre Couleau
Du jeu 5 au sam 14 janvier
Jeu et ven à 20h / Sam à 19h / Lun à ven à 20h / Sam à 19h
TnBA – Studio de création – Durée 1h30 

Dans la pièce de l’auteur austro-hongrois Horváth (1901-1938), le séducteur héros a abandonné sa pure fiancée pour courir les femmes et le monde. Las, la guerre surgit, il s’y engage, y survit, revient tel un fantôme, avec l’obsession de retrouver celle qui l’aimait et la seule qu’il ait un peu aimée. L’odyssée de ce grand blessé de l’âme, condamné à errer entre les femmes et les ruines d’un monde en faillite, sonne ici de manière politique et mystique. Guy Pierre Couleau, directeur de la Comédie De l’Est centre dramatique national d’Alsace, bâtit sa mise en scène avec trois fois rien : un simple rideau rouge, quelques tables, deux ou trois chaises rudimentaires et trois comédiens admirables. Nils Öhlund campe un Don Juan au charme mâle et blasé, Carolina Pecheny et Jessica Vedel incarnent à elles deux les trente-cinq victimes séduites, puis brisées. Un foulard, un chapeau, un tablier suffisent pour qu’elles deviennent tour à tour artiste bohème, jeune fille patineuse, veuve de fonctionnaire, grand-mère... et le charme opère. Ce théâtre dans le plus simple appareil, qui se construit sous nos yeux, interprété avec une rare et lumineuse émotion, tient de la prouesse tant il fait rayonner cette œuvre crépusculaire.

> Théâtre 
Lorenzaccio
Texte Alfred de Musset 
Mise en scène Catherine Marnas
Du ven 6 au sam 7 janvier
Ven à 20h30 / Sam à 19h
TnBA – Grande Salle Vitez – Durée 2h25

Lorenzaccio, le retour ! Après une tournée en France, à Genève et Madrid, et avant de reprendre la route, le héros d’Alfred de Musset retrouve sa vie de débauche et ses idéaux sur la scène du TnBA. Dépravé mais pourfendeur de tyran, jouisseur mais révolté, le jeune homme romantique mène son ambiguïté jusqu’au meurtre du Duc, acte courageux, désespéré et… inutile. Avec un texte plus resserré rendant l’intrigue plus mordante et renforçant sa portée politique, la mise en scène très rock n’roll de Catherine Marnas dynamite le drame historique et lyrique de Musset. Elle tranche allègrement dans les 80 personnages, les 36 changements de décor et les nombreuses intrigues parallèles. Les ciseaux reposés, la directrice du TnBA livre une épure où huit comédiens jouent une ou plusieurs partitions dans un décor unique. Son Lorenzaccio porte perruque blonde et pantalon moulant vert pomme, se déhanche sur du Daft Punk et fait du « air guitar » avec Alexandre de Médicis. Des moments de pure comédie et de belles scènes intimistes illustrent ce spectacle baroque et flamboyant où pointe le désenchantement d’une jeunesse déçue. S’indigner, certes, mais encore ? Renverser les tyrans, les oppresseurs de tout poil, et puis ? Soulever le peuple, fomenter la révolution, mais après ? Dans Lorenzaccio, le monde politique est corrompu, vulgaire, cynique et amoral et les républicains incapables de faire face à leur devoir. C’est à Florence. En 1537.

> Théâtre 
Nobody
D’après les textes de Falk Richter 
Mise en scène Cyril Teste
Du mer 11 au ven 20 janvier
Mer et jeu à 19h30 / Ven à 20h30 / Sam à 19h / Mar à 20h30
TnBA – Grande Salle Vitez – Durée 1h30

Travaillez, vous êtes filmés ! Une entreprise avec ses bureaux en « open space », ses salles de réunion, sa pépinière de jeunes diplômés, apparemment brillants et sûrs d’eux, rivalisant de performance au travail comme dans la vie. Obsédés par la compétition, ces trentenaires notent, évaluent, évincent à l’autre bout du monde comme de l’autre côté du couloir. À partir de plusieurs textes de Falk Richter, Cyril Teste explore au scalpel la noirceur poétique et la lucidité politique décapante du dramaturge allemand. Le metteur en scène-réalisateur et son Collectif MxM, qui réunit vidéastes et musiciens, nous convient à une performance filmique captivante. Sur scène, du pur théâtre, avec quatorze acteurs en chair et en os, filmés à vue par deux cameramen et, au-dessus d’un décor-vivarium, une projection en direct avec gros plans, plans larges, flash-back. La maîtrise est sidérante, la réalisation technique, éblouissante de précision, et les jeunes acteurs du collectif La Carte Blanche, totalement bluffants de virtuosité dans ce portrait de groupe pour qui le burn out sonne dès la trentaine. Le tout est saisissant de réalisme, de cruauté, tant le monde du travail et les vies sans but de ces rouages humains sont disséqués sans complexe.

> Théâtre en famille À partir de 8 ans 
Ravie
Texte Sandrine Roche
Mise en scène Sonia Millot et Vincent Nadal
Du mar 24 au sam 28 janvier
Mar à 20h / Mer à 14h30* et 19h30 / Jeu et ven à 10h30* et 14h* / Sam à 18h
TnBA – Salle Vauthier – Durée 1h15

* séances pour les scolaires et autres groupes
Même pas peur ! La 7e chèvre de Monsieur Seguin n’a peur ni de la nuit, ni de l’inconnu, et surtout pas du LOUP ! Séduite par les récits alléchants des fantômes de ses aînées, la téméraire Blanquette a soif d’aventures. Avec l’insolence de sa jeunesse, elle se moque bien du discours moralisateur de son maître. Elle veut quitter son enclos, elle veut voir la montagne et tant mieux si c’est dangereux ! L’adolescente rebelle a fait son choix : elle partira ! Entre narration et incarnation, ritournelle et chant, la mise en scène de Sonia Millot et Vincent Nadal restitue parfaitement l’écriture ambitieuse et audacieuse de Sandrine Roche. Autour de la comédienne qui interprète Blanquette, trois autres artistes manipulent, transforment matières et objets, jouent de la musique. Le trio crée à vue un espace de jeu où jours et nuits se succèdent entre réalité de l’enclos et fantasmes nocturnes. Au rythme de cette alternance, l’héroïne à quatre pattes de Ravie se repaît de sa liberté, goûte la nature enivrante et débridée jusqu’au face à face tant espéré avec le loup. Dans cette relecture ludique du célèbre conte provençal, la compagnie bordelaise Les Lubies signe une délicieuse invitation à dompter ses peurs.

> Théâtre 
La Folle journée ou le Mariage de Figaro
Texte Beaumarchais
Mise en scène Rémy Barché
Du mar 24 au sam 28 janvier
Mar à ven à 19h30 / Sam à 19h
TnBA – Grande Salle Vitez – Durée 4h (entracte compris)

Chef-d’œuvre du théâtre français, La Folle journée ou Le Mariage de Figaro (1778) est considérée comme un texte politique qui préfigure la Révolution française. Dans cette comédie en cinq actes, Pierre-Augustin Caron de Beaumarchais (1732-1799) critique les privilèges archaïques de la noblesse, « Vous vous êtes donné la peine de naître, et rien de plus », dresse une satire de la justice, « […] indulgente aux grands, dure aux petits », et se fait le porte-parole des femmes, « […] traitées en mineures pour nos biens, punies en majeures pour nos fautes ! ». C’est aussi une pétulante comédie avec intrigues, péripéties en cascade, travestissements et rivalités entre les sexes… Figaro, valet du comte Almaviva s’apprête à épouser Suzanne, camériste de la comtesse. Mais le comte menace de s’opposer à ce mariage si la servante ne cède pas à ses avances. La comtesse, quant à elle, est bien décidée à se venger de son mari volage. Face à l’abus de pouvoir, nos héros se lancent dans une folle journée pour faire exister leur union envers et contre toute autorité. Rémy Barché nous offre une mise en scène drôle et lumineuse de ce mariage inaccessible et nous propulse au milieu d’une aristocratie dépravée, pervertie dans l’opulence, le sexe, la bière fraîche et la fumée de cigarette. Pour notre bon plaisir, l’incroyable modernité du propos est portée avec panache et enthousiasme par dix jeunes comédiens branchés sur trois mille volts. Une lutte des classes menée à vive allure, joyeuse et profondément optimiste.
 
> Théâtre 
Reality
Un spectacle de Daria Deflorian et Antonio Tagliarini / Italie
Du mar 31 janvier au sam 4 février
Mar à ven > 20h / Sam à 19h
TnBA – Salle Vauthier – Durée 55 min

En italien surtitré en français  
Elle s’appelait Janina. En 2000, à la mort de cette femme au foyer de Cracovie, sa fille découvre 748 carnets dans lesquels elle a consigné, non pas les émotions, les peines ou les joies, mais scrupuleusement, minutieusement, les menus faits de sa vie : appels téléphoniques (38 196), personnes saluées avec un bonjour (23 397), rendez-vous fixés (1922), émissions de télévision regardées (70 042), nombre de fois où elle a joué aux dominos (19), cadeaux offerts (5 817)… Comment représenter le mystère de cette femme ordinaire qui s’est faite la comptable de sa propre vie ? Comment donner la parole à cette vie minuscule et néanmoins unique, irremplaçable ? C’est l’enjeu de la Trilogie de l’Invisible des italiens Daria Deflorian (prix Ubu 2012 pour la meilleure actrice) et Antonio Tagliarini dont Reality est l’un des épisodes. Depuis 2008, l’actrice et le danseur-chorégraphe créent des spectacles sous forme de dialogues parlés-dansés sur la violence politique et ses répercussions sociales. Ils s’emparent ici de cette existence cataloguée dans sa banalité avec une fraîcheur et une délicatesse souvent très drôles qui évoquent les fragments de Georges Perec et les travaux ludiques de Sophie Calle. Tout le talent du duo, complice, émouvant, irrésistible, est de faire passionnément théâtre avec le quotidien. Et transformer ainsi une existence anonyme en œuvre poétique.

> Théâtre Déconseillé aux – 14 ans
Scènes de violences conjugales
Texte, mise en scène et scénographie Gérard Watkins
Du mar 7 au sam 11 février
Mar à ven à 20h / Sam à 19h
TnBA – Salle Vauthier – Durée estimée 2h10

En France, une femme meurt tous les trois jours suite aux coups portés par un homme. Choqué par ce chiffre consternant, Gérard Watkins se penche sur ce fléau et met en scène la violence conjugale au sein de deux couples. Après quelques textes foisonnants et passionnants qui lui valent en 2010 le Grand Prix de littérature dramatique, il confronte son écriture à la terrible réalité et à la réflexion de professionnels (docteurs, psychiatres, procureurs, travailleurs sociaux…) qui tentent chaque jour d’enrayer cette violence. L’auteur-metteur en scène et les acteurs du Perdita Ensemble cherchent, par tous les moyens du théâtre, à décrire, ausculter, comprendre ce terrorisme intime. À partir d’un travail à la fois intérieur et physique sur des personnages qui nous sont familiers, en associant les regards, très divergents, de professionnels sur l’exercice de leur métier, Scènes de violences conjugales se veut un spectacle résolument humain. Pour que la parole sonne juste mais que l’espoir subsiste au-delà des coups. Pour comprendre l’ivresse et la folie des « perpétrateurs », pour que les femmes n’abandonnent pas le combat, au propre comme au figuré. Comme le dit Ernestine, l’une des travailleuses sociales consultées, « Il ne faut pas que la femme meure ». Elle a raison, Ernestine. Il ne faut pas que les femmes meurent. Il ne faut plus que les femmes meurent.

> Théâtre 
L’Héritier de village
Texte Marivaux
Mise en scène Sandrine Anglade
Du mar 7 au sam 11 février
Mar à 20h30 / Mer et jeu à 19h30 / Ven à 20h30 / Sam à 19h
TnBA – Grande Salle Vitez – Durée 1h25

Puisant son sujet dans la spéculation qui précéda la faillite de la banque Law en 1720 et contraignit l’État français à vivre d’expédients jusqu’à la Révolution, Marivaux écrit L’Héritier de village en 1725. Blaise, paysan dans un petit village, hérite soudainement d’une somme d’argent considérable. Alors qu’il a tout d’une personne entière et honnête, devenu « nouveau riche », il se croit obligé d’adopter un comportement plein de morgue, d’un ridicule affiché. La noblesse, désargentée, flairant l’argent frais, s’abaisse à un vil jeu de séduction pour récupérer sa part du gâteau. Quant au serviteur Arlequin, il affiche un opportunisme sans faille pour profiter de la situation. Bref, tout ce petit monde se retrouve uni dans la mesquinerie et l’hypocrisie dans l’espoir d’un éventuel profit. Mais, l’argent se moquant des vivants comme des morts, la fortune de l’héritage finit par s’envoler. La mise en scène rythmée de Sandrine Anglade s’attache à rendre toute sa force corrosive et drôle à la pièce de Marivaux. Dans cette farce virtuelle où l’argent est roi, six comédiens et deux guitaristes complices enchaînent allègrement comportements décalés, séductions déplacées, mélange pittoresque des expressions… Une comédie de la déraison où tous, paysans et nobles, riches et pauvres, réalisent enfin qu’ils ne sont qu’une valeur marchande.

> Danse / Théâtre 
Primitifs
Conception, scénographie et direction Michel Schweizer
Du mar 14 au sam 18 février
Mar à ven à 20h / Sam à 19h
TnBA – Salle Vauthier – Durée 1h30

Réfléchir tous ensemble à l’avenir de notre bonne vieille planète Terre ! Voici le défi lancé par le chorégraphe et metteur en scène Michel Schweizer, toujours prompt à s’aventurer dans des lieux inattendus et insolites. Il convoque sur le plateau cinq hommes – quatre danseurs et un chanteur – pour un exercice incisif de lucidité sur la mémoire des sites d’enfouissement des déchets nucléaires. Ces lieux souterrains réservés au stockage des résidus hautement radioactifs, construits partout dans le monde, sont censés résister plusieurs centaines de milliers d’années (!). Soit le temps que les déchets qu’ils abritent cessent de présenter un danger mortel pour les êtres vivants. Comment transmettre à nos lointains descendants l’idée que ces sites ne doivent en aucun cas être creusés ou explorés ? Dans un décor où l’on peut voir défiler une succession d’affiches, comme celle d’une campagne publicitaire à l’ironie mordante, « Parrainez un arbre ! », le spectateur devient tout autant public d’une conférence COP21 que celui d’un atelier créatif ou d’un spectacle de danse. Une réflexion sur la planète où pointe un humour grinçant, histoire de réveiller les consciences. Alternant moments décalés, discours hyper pointus et tendre poésie, Primitifs affûte le regard sur ce qui nous concerne tous, jeunes comme vieux. Un spectacle à l’énergie renouvelable, source de questionnements atemporels.

> Théâtre 
Catherine et Christian 
(fin de partie)

Un spectacle du Collectif In Vitro 
Mise en scène Julie Deliquet
Du mar 7 au sam 11 mars
Mar à ven à 20h / Sam à 19h
TnBA – Salle Vauthier – Durée 1h45

C’est un jour d’enterrement dans un restaurant désert en fin de saison. Il y a d’abord celui du père, Christian, en présence de ses quatre fils. Ensuite, il y a celui de Catherine, la mère, où se retrouvent ses trois filles. Les histoires se tissent et s’affrontent entre ceux qui restent, fils, filles, et « pièces rapportées ». Pour tous, c’est le moment de parler, de partager les peines, d’évoquer les souvenirs heureux ou tristes, les blessures jamais vraiment refermées, de régler quelques comptes, entre fous rires et crises de nerf. Catherine et Christian (fin de partie) interroge l’héritage et sa transmission entre deux générations, celle des parents, enfants du baby-boom, et celle de leurs enfants qui ont l’âge des acteurs du spectacle, certains devenus parents à leur tour. Ce spectacle est l’épilogue d’une saga familiale signée, de 2009 à 2013 par le Collectif In Vitro, Des années 70 à nos jours : La Noce de Bertolt Brecht, Derniers remords avant l’oubli de Jean-Luc Lagarce et Nous sommes seuls maintenant, création collective. À travers ce dernier opus, portrait d’une génération et d’une mémoire familiale à laquelle nul n’échappe, Julie Deliquet et sa belle troupe d’acteurs témoignent d’une même émotion, forte et vivante, perceptible dans chacun des personnages. Un théâtre généreux qui se confond avec la vie.

> Danse
En partenariat avec Le Cuvier - Centre de développement chorégraphique d’Aquitaine

Vers un protocole de conversation ?
Conception et mise en scène Georges Appaix
Du jeu 9 au ven 10 mars à 20h30
Le Cuvier - Artigues-près-Bordeaux – Durée 55 min

Un homme parle et une femme danse. Lui, élégant, bavard, parle de tout et de rien – des autoroutes en Belgique, du flux de souvenirs qui trottent dans sa tête… –, questionne : « Tu m’aimes ? ». Elle, crâne rasé, muette, parle avec son corps et ne prononce pas un mot. Le rythme des mouvements, précis, épurés, fait écho à une parole qui interroge – beaucoup – et qui poétise de manière fine et décalée. Se cherchant comme des amants, les deux partenaires s’accordent, se désaccordent, recommencent pour s’approcher encore. Comment communiquer quand on n’a pas le même langage ? Pour résoudre cette équation, le chorégraphe et danseur Georges Appaix s’invite finalement lui-même sur le plateau pour aider le duo dans cet art de la conversation. S’engage alors un savoureux dialogue entre corps, mots et musique. Quand la danse se veut parole et questionne l’idée de l’altérité. Tel est le thème du dernier spectacle de ce chorégraphe marseillais qui crée depuis trente ans un abécédaire artistique : une lettre par titre de spectacle depuis 1984. À la lettre « V » : Vers un protocole de conversation ? Une chorégraphie à l’euphorie communicative et à la vitalité déployée. Un délicieux dialogue autant à voir qu’à entendre.

> Théâtre en famille À partir de 7 ans
La part du colibri
Fable écologique d’anticipation
D’après les textes de Stéphane Jaubertie, Françoise Du Chaxel, Pierre Rabhi 
Mise en scène Alexandra Tobelaim
Du mar 14 au ven 24 mars
Mar 14 à 20h / Mer 15 à 14h30* et 19h30 / Jeu 16 et ven 17 à 10h30* et 14h*
Sam 18 à 18h / Lun 20 à 10h30* et 14h* / Mar 21 à 10h30* et 20h / Mer 22 à 14h30* et 19h30 / Jeu 23 à 10h30* et 14h* / Ven 24 à 10h30* et 20h
TnBA – Studio de création – Durée 55 min

* séances pour les scolaires et autres groupes
Nous sommes en 2051. Yaël vit dans un monde sans grenouille, ni cheval, ni aucune autre bête à plumes ou à poils car il est né après le « grand exode » des animaux. Sa grande soeur, Anah, lui raconte jour après jour les poules, les chevaux, les crocodiles, mais elle sent bien que Yaël n’est pas rassasié et qu’il aimerait les rencontrer, voire même y goûter un peu. Ni une ni deux, elle embarque son frère dans un aller -retour vers la Grande Terre afin qu’il découvre enfin ce monde inconnu. Mais une erreur d’aiguillage les propulse directement en 2073 ! Pas un seul animal à l’horizon, des détritus partout, et, pire, la Terre s’arrête subitement de tourner ! Comment faire ? Dans une scénographie astucieuse, genre planète à surprises autour de laquelle s’installent les spectateurs, Alexandra Tobelaim nous fait toucher du bout du doigt un probable avenir pour une planète fatiguée. Avec un optimisme grand comme l’univers, elle convoque la fibre écologique des enfants et leur capacité à être acteurs de leur monde. Mariant les textes militants de Stéphane Jaubertie à ceux de Françoise Du Chaxel, les assaisonnant avec des maximes de Pierre Rabhi, oracle incarné sur scène par une pierre et un radis (!), une fable du futur qui sensibilise petits et grands.

> Théâtre Déconseillé aux – de 18 ans
Rouge décanté
Texte Jeroen Brouwers
Mise en scène Guy Cassiers
Du mar 14 au sam 18 mars
Mar à 20h30 / Mer et jeu à 19h30 / Ven à 20h30 / Sam à 19h
TnBA – Grande salle Vitez – Durée 1h40

Créée en 2006, Rouge décanté est une pièce culte, jouée sur les scènes du monde entier. Au départ, il y a un livre de Jeroen Brouwers, écrivain néerlandais (Gallimard, prix Femina étranger 1995). Né en 1940 à Batavia dans les Indes néerlandaises, il fut enfermé enfant avec sa mère, sa grand-mère et sa sœur dans un camp d’internement japonais lors de la Seconde Guerre mondiale. Dans ce texte douloureux et puissant qui raconte un pan de l’histoire longtemps occulté, l’auteur révèle patiemment, à la manière d’un puzzle, comment cette expérience précoce de la violence et de la cruauté a irrémédiablement détruit son rapport à la mère, aux femmes, brisant toute émotion en lui. Le laissant tel un mort-vivant sur le bas-côté du monde. Égaré, insensible, «incapable de sentir», hormis la culpabilité et son incapacité à émerger de l’horreur. Le grand metteur en scène flamand Guy Cassiers orchestre magnifiquement ce monologue déchirant, fait de flash-back, de révélations successives et d’incantations désespérées. Génial manipulateur de vidéo, il utilise cinq caméras pour filmer au plus près le comédien et nous faire entrer tout entier dans son univers mental. L’immense comédien Dirk Roofthooft est ce héros tragique hanté par la barbarie. Il incarne toute une vie d’homme, privé de sentiments et de sensations. Un voyage au cœur des ténèbres.

> Théâtre 
Le Cid
Texte Corneille
Mise en scène Yves Beaunesne
Du mar 21 au sam 25 mars
Mar à 20h30 / Mer et jeu à 19h30 / Ven à 20h30 / Sam à 19h
TnBA – Grande salle Vitez – Durée estimée 2h30

Il est des pièces qui racontent l’Histoire ainsi que la société dans laquelle elles s’inscrivent. Le Cid (1636), tout comme Le Mariage de Figaro de Beaumarchais (1778), est de celles-là. À cent quarante ans de distance, deux textes qui firent scandale en leur temps, deux textes qui œuvrent à l’avènement d’un monde plus juste. Pierre Corneille a 30 ans quand, sous couvert d’espagnolade à la mode au XVIIe siècle, il dépeint une société féodale où les grands aristocrates font régner une loi du sang castratrice. Les amours de Chimène et de Rodrigue sont muselées, soumises au pouvoir de pères tout-puissants qui se disputent à mort les faveurs du roi, obligeant leurs enfants à épouser leurs querelles et à renoncer à leur inclination par respect filial. Mais l’héroïsme aura raison de la loi familiale. Si Rodrigue tue le père de Chimène pour rendre au sien l’honneur, si Chimène, alors, renonce à Rodrigue par fidélité à son clan, les deux amants se retrouveront après de nombreux sacrifices et actes de bravoure insensés. C’est le roi, ici, qui permet enfin à cette jeunesse d’être heureuse, débarrassée du joug parental. Cette tragicomédie, débordante d’exaltation et de fougue, vibre dans la musique claironnante de ses admirables alexandrins. Accompagné d’une très belle équipe de comédiens, Yves Beaunesne, directeur de la Comédie Poitou-Charentes centre dramatique national, décortique la complexité et l’intensité des sentiments et revisite le conflit des générations au cœur d’un déchaînement sans pareil de passion et d’action.

> Théâtre 
En partenariat avec l’Escale du livre

La Rive dans le noir
Une performance de ténèbres
Texte Pascal Quignard
Mise en scène Pascal Quignard et Marie Vialle
Du mer 29 au ven 31 mars
Mer et jeu à 19h30 / Ven à 20h30
TnBA – Grande salle Vitez – Durée 1h15

Spectacle en audiodescription le 30 mars
La langue économe et puissante de Pascal Quignard a trouvé en Marie Vialle, son interprète idéale. Depuis plusieurs années, l’auteur de Tous les matins du monde écrit des contes pour cette merveilleuse actrice. Entre l’auteur et la comédienne, c’est l’accord parfait. Ces deux-là ont en partage le goût d’une langue précieuse et précise et celui de la musique. Car Marie Vialle est aussi violoncelliste et Pascal Quignard parle des contes qu’il écrit pour elle comme de « sonates ». Après Le nom sur le bout de la langue en 2005, Triomphe du temps en 2006, il lui offre en 2015, Princesse vieille reine, un recueil de cinq contes retraçant le destin de cinq femmes à travers différentes époques. La comédienne, parée de cinq merveilleuses robes, nous conviait alors à un délicat cérémonial féminin, à la fois érotique et métaphysique. Cette fois-ci, en hommage à la chorégraphe et danseuse japonaise de butô, Carlotta Ikeda, décédée à Bordeaux en septembre 2014, Pascal Quignard imagine une « performance de ténèbres » où il convoque les fantômes de ceux qui ne sont plus. Pour apaiser les morts et bercer les vivants, l’auteur et la comédienne entrent ensemble sur la rive des ombres et rappellent à la vie les esprits des chers disparus. De possessions en métamorphoses, ils ravivent une mémoire oublieuse, éveillent nos sens et réveillent nos cœurs.

> Théâtre Déconseillé aux – de 16 ans 
Acceso
Texte Pablo Larraín et Roberto Farías 
Mise en scène Pablo Larraín / Chili
Du mar 4 au ven 14 avril
Mar à ven à 20h / Sam à 19h / Lun à ven à 20h
TnBA – Studio de création – Durée 55 min

En espagnol chilien surtitré en français 
Vendeur ambulant, Sandokan trimbale sa vie en bandoulière. Dans sa sacoche, des babioles, pour la plupart inutiles, qu’il vend aux passagers des bus de Santiago. Et aussi un livre, la nouvelle constitution politique du Chili qui affirme que «chaque chilien a le droit d’avoir accès aux biens communs». Il déballe sa vie pour gagner cet acceso à une vie meilleure, à une place dans la société qu’il pense et espère mériter. L’homme porte sur lui les séquelles de son histoire : celles d’un gosse de la rue maltraité, victime d’abus sexuels de la part de gens fort bien élevés. Dans un monologue d’écorché vif, Sandokan vocifère, éructe, hurle pour ne pas sangloter. La langue est crue, vulgaire parfois, virulente toujours. Avec gouaille et désespoir, toujours à la limite de la cassure physique, Roberto Farías campe ce gladiateur urbain qui nous oblige à regarder en face la souffrance et la détresse provoquées par la misère sociale. Pour sa première mise en scène de théâtre, Pablo Larraín, réalisateur de Tony Manero (2008, Quinzaine des réalisateurs au Festival de Cannes), No (nommé aux Oscars 2013 dans la catégorie du meilleur film étranger) et El Club (Grand prix du Jury au Festival international du film de Berlin 2015), signe là un spectacle férocement politique et fondamentalement humain.

> Théâtre 
En partenariat avec le Théâtre des Quatre Saisons

UND
Texte Howard Barker 
Mise en scène Jacques Vincey, avec Natalie Dessay
Du mar 4 au ven 7 avril à 20h15
Théâtre des Quatre Saisons – Gradignan – Durée 1h10 

Une femme attend un homme qui n’arrive pas. Est-ce un amant, un bourreau, ou les deux à la fois ? Peu à peu, elle croit deviner sa présence au tintement de la cloche à l’entrée, puis à des bruits de verre brisé, enfin aux coups portés contre une porte. Alors elle parle, se fraie un chemin dans une forêt de mots, partagée entre ses souvenirs, son dialogue avec l’homme toujours invisible et les sensations qui surgissent à chaque instant. L’ombre de la Shoah plane. Dans une écriture mêlant poésie, lyrisme et humour noir – très justement traduite par Vanasay Khamphommala – Howard Barker tisse le portrait d’une femme dont la parole devient une arme de survie. Le metteur en scène Jacques Vincey, directeur du centre dramatique de Tours, trouve là de quoi déployer avec maestria son théâtre raffiné. En habile chef d’orchestre, il donne à la célèbre cantatrice Natalie Dessay l’occasion, pour la première fois au théâtre, de donner toute la mesure de sa voix extraordinairement modulée et de son impressionnante intensité. Corsetée dans une longue robe rouge sang, coiffée d’un chignon imposant, elle incarne cette femme, figée dans l’attente, qui conjure la mort, la folie, le néant. Au centre d’un fascinant décor de glace, face à Alexandre Meyer, musicien complice, l’ex-« Reine de la nuit » envoûte dans un spectacle hypnotique et troublant.

> Danse / Théâtre 
En partenariat avec Le Cuvier – Centre de développement chorégraphique d’Aquitaine

Moeder
Un spectacle de Peeping Tom
Du mer 5 au ven 7 avril
Mer et jeu à 19h30 / Ven à 20h30
TnBA – Grande salle Vitez - Durée 1h30 
Dans la famille Peeping Tom, je voudrais la mère ! Après Vader (le père en flamand), présenté au TnBA en mai 2015, la compagnie de danse-théâtre bruxelloise continue les présentations de famille avec Moeder, (la mère), second volet d’une trilogie familiale Père-Mère-Enfants. Depuis près de quinze ans, les metteurs en scène et chorégraphes Gabriela Carrizo et Franck Chartier nous régalent de spectacles qui mêlent imagination renversante, virtuosité inouïe et acrobaties improbables. La vieillesse est un naufrage, dit-on. Pourtant dans Vader, la mémoire épuisée d’un père, abandonné par son fils dans une maison de retraite un peu dingue, sombrait dans une épatante dérision. Moeder nous plonge à nouveau dans un univers incertain, habité par d’étranges personnages. Sommes-nous dans la salle d’interrogatoire d’un commissariat de police ? À une veillée funèbre un peu bizarre ? Peeping Tom explore ce personnage si familier avec le même regard tendre et narquois qu’on lui connaît, associé à une scénographie où l’hyperréalisme côtoie l’irrationnel. À la recherche des moindres détails du passé, le génial collectif flamand prend là encore des chemins distordus et férocement drôles, décidément fasciné par ce monde trop vaste pour nous et par nos vaines tentatives d’humains quelque peu perdus. Un univers empreint de rêves, de désirs, de souvenirs, provocateur d’un émoi si particulier.

> Théâtre 
Des territoires (Nous sifflerons la Marseillaise)
Texte et mise en scène Baptiste Amann
Du lun 10 au ven 14 avril à 20h
TnBA – Salle Vauthier - Durée 1h50
Ils sont quatre d’une même famille : Lyn, l’aînée qui s’occupe de tout ; Benjamin, « attardé » depuis un accident de voiture ; Samuel, militant pour la liste d’opposition à la mairie ; Hafiz, l’adopté arabe qui tient un magasin de vêtements. Ils doivent organiser les obsèques de leurs parents, morts dans leur lit dans le banal pavillon de cette banlieue ordinaire où ils ont grandi. Ils règlent les questions du jour : le cercueil, en sapin ou en acajou ? Et la maison, vendre, ne pas vendre ? Tout est sujet à discussions, engueulades, sur le chemin le plus court pour ramener des pizzas, les changements survenus dans le quartier, l’ambition de l’un, le racisme de l’autre… Ça court, ça chante, ça crie, c’est tellement vivant qu’on en oublie la raison de leur réunion. Rien de particulier donc, si ce n’est que des ossements humains ont été découverts dans le jardin. Ce sont ceux de Condorcet (1743-1794), le défenseur de la liberté, des droits de l’homme, celui qui a dit « Soit tous les hommes ont des droits, soit aucun n’en a ». Et aujourd’hui ? Territoire intime, social, politique, il y a tout cela dans la pièce de Baptiste Amann, programmée par le Glob Théâtre en janvier 2015 grâce au partenariat avec la Pépinière du Soleil Bleu de Laurent Laffargue. Ici, nul discours pompeux et démonstratif. L’écriture est riche en dialogues quotidiens, drôles, tendres, féroces parfois et quatre comédiens personnifient à merveille ces personnages trentenaires qui pourraient être leurs sœurs, leurs frères. Une chronique de la France d’aujourd’hui qui questionne l’héritage des Lumières.

> Théâtre en famille À partir de 7 ans 
La vérité sur Pinocchio
Texte et mise en scène Didier Galas
Du mar 9 au sam 13 mai
Mar à 20h / Mer à 14h30* et 19h30 / Jeu et ven à 10h30* et 14h* / Sam à 18h
TnBA – Salle Vauthier - Durée 1h05
* séances pour les scolaires et autres groupes
Tout le monde connaît l’histoire de Pinocchio, petit pantin de bois né des mains du menuisier Geppetto. Après de multiples aventures et de drôles de mensonges qui feront grandir son nez de bois, Pinocchio devient peu à peu un véritable jeune homme fait d’os et de chair. Devenu barbier, il rase, coiffe, shampouine… Lassé de mentir, il nous dit tout. Sur son histoire, son enfance, son papa, sur Jiminy Cricket… Didier Galas – comédien, conteur, marionnettiste, danseur – incarne depuis plus de quinze ans la tradition populaire du masque issu de la vieille farce médiévale, renouvelée au XVIe siècle par la Commedia dell’arte. Seul sur le plateau, il redonne vie au célèbre pantin né de la plume de l’écrivain italien Carlo Collodi. Une véritable incarnation révélée à travers son histoire personnelle : celle d’un fils, petit-fils et arrière-petit-fils de coiffeur marseillais. Interprète d’un Pinocchio adulte qui se raconte avec poésie et humour, il nous livre en confidence la quête de ses origines, une fable qui va du bois à la chair, tandis que son corps vit une évolution à rebours, de l’humain au végétal. Attentifs à son récit, nous accompagnons ce personnage à la recherche de son père et qui tente de se construire « pour de vrai ». Un chaleureux hommage aux liens de parenté ainsi que sur la belle et complexe expérience de grandir.

> Théâtre 
Ça ira (1) Fin de Louis
Texte et mise en scène Joël Pommerat
Du mer 10 au sam 13 mai
Mer à ven à 19h30 / Sam à 18h
TnBA – Grande salle Vitez - Durée 4h20 dont deux entractes
Joël Pommerat raconte les premiers jours de la Révolution française et la naissance d’une idée nouvelle, le bonheur. Et, ce faisant, fait vivre au spectateur une expérience théâtrale passionnante. Après La mort de Danton de Georg Büchner (1835), 1789 et 1793, spectacles d’Ariane Mnouchkine et du Théâtre du Soleil (1970 et 1972) ou, plus près de nous, le remarquable Notre Terreur mis en scène par Sylvain Creuzevault (au TnBA en 2011), Ca ira (1) Fin de Louis nous plonge dans l’arène des passions et des conflits idéologiques que provoqua en son temps cette aventure politique fondatrice. Ici, pas de Robespierre, Danton, Saint-Just, Mirabeau et autres figures attendues, pas de perruques, nez poudrés ou cocardes tricolores, mais des députés de tous bords, des femmes et hommes du peuple. Sur scène et dans la salle parmi les spectateurs, quatorze acteurs se lancent des invectives, s’insurgent, s’enflamment, applaudissent, descendent prendre la parole à la tribune dans le chahut des assemblées politiques, chacun tentant fiévreusement de rendre audible sa parole. L’écriture, nourrie de tous les documents historiques existants, restitue l’effervescence de la pensée, fait palpiter les idées en ébullition sous l’effet des doutes, des peurs, des belles intentions et des circonstances. Une fresque exaltante et noble à hauteur d’homme sur l’Histoire.



Pratique

TDGTDG 
TnBA – Théâtre du Port de la Lune
& Éstba - École supérieure de théâtre Bordeaux Aquitaine 
Place Renaudel - BP 7
33032 Bordeaux Cedex



Information : 
05 56 33 36 80
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Site internet :

www.tnba.org

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