CDN BESANÇON FRANCHE-COMTÉ

La Fonction Ravel
Un projet de et avec Claude Duparfait. En collaboration avec Célie Pauthe. Au piano François Dumont

«Parfois nous rencontrons un être humain, une œuvre. Et l’on s’aperçoit qu’elle – ou lui – nous a sauvés.» C’est cette fonction salvatrice qu’a eue, pour le comédien Claude Duparfait, la musique de Maurice Ravel. À l’adolescence, il a vécu une existence rêvée avec le compositeur, dont la figure et la musique continuent d’accompagner sa vie, et son parcours artistique. Il raconte le désarroi de son enfance en Picardie, sa scolarité chaotique et brutale. La découverte, inattendue, de ce Maurice avec qui il établit une intimité paradoxale, lui permet d’échapper à ce que semblait lui réserver la société. Sans nostalgie, avec tendresse et humour, le comédien évoque son entourage familial, à la fois frein et moteur dans son éclosion artistique. Avec La Fonction Ravel, Claude Duparfait et Célie Pauthe retracent cette surprenante rencontre, qui se construit sur scène dans le duo que le comédien forme avec le pianiste François Dumont, grand interprète de l’oeuvre ravélienne. Dans un espace au centre duquel trône un piano, à la fois salle de concert, chambre sombre d’une enfance inquiète, parquet de valse et espace vide où projeter les images de la mémoire, la musique résonne et s’incarne. Récit autobiographique et mélodies ravéliennes se répondent et donnent naissance à un langage théâtral unique où, par moments, le texte chante tandis que la musique parle.
16-23 septembre 2016

Adishatz/Adieu
Conception Jonathan Capdevielle

Acteur, imitateur, chanteur, danseur, ventriloque, marionnettiste, Jonathan Capdevielle propose avec Adishatz/Adieu et Saga un diptyque autobiographique, ou plutôt autofictionnel, qui jongle avec les origines de ses multiples talents artistiques. Dans Adishatz (« adieu » en patois pyrénéen), la musique a cappella sert de fil rouge pour dérouler les liens fondateurs entre culture pop internationale et culture populaire locale du Sud Ouest de la France. Avec un montage de chansons et de conversations familiales, le comédien évoque l’itinéraire de sa vie à la fois réelle et fantasmée, dévoile sa fragilité et la force de sa volonté, ses doutes, son ambivalence comme son affirmation. Les deux spectacles, Adishatz / Adieu et Saga constituent des variations sur le réel et le fictif, sur la matière théâtrale dont est faite la vie et sur la façon dont se nourrit un imaginaire artistique.
4 octobre 2016

Disgrâce
Texte John Maxwell Coetzee, mise en scène Jean-Pierre Baro

En suivant la chute de David Lurie, professeur d’université poussé à la démission et qui trouve refuge dans la ferme de sa fille Lucy, Disgrâce dévoile les plaies de l’Afrique du Sud post-apartheid. Le roman de J.M. Coetzee dresse le portrait d’un homme en perdition dans un pays qu’il ne comprend plus, où la violence du système de ségrégation se retourne contre ceux qui, en acceptant tacitement ce système, s’en étaient rendus complices. Pour Jean-Pierre Baro, les questionnements de Coetzee aident à penser les conflits qui animent notre société : comment vivre sereinement dans un pays où les blessures du colonialisme restent vives, où le poids du passé pèse sur l’histoire collective et individuelle ? Comment endosser la responsabilité de l’histoire et dans quelle mesure doit-on le faire ? À la brutalité des événements du roman répondent, dans l’adaptation théâtrale, la fougue et l’engagement corporel des acteurs, qui portent l’histoire par leur parole, mais aussi par la musique et la danse. La scène, à travers le regard du personnage principal, rejoue le trouble et les non-dits de l’écriture du texte original. L’aveuglement d’un homme dépassé par son époque se fait le reflet des difficultés actuelles à regarder l’histoire en face. C’est le rôle du théâtre que de prendre ce risque : montrer le monde dans sa complexité, éclairer nos temps obscurs en faisant surgir des émotions enfouies.
11-13 octobre 2016

Amphitryon
Texte Heinrich Von Kleist, mise en scène Sébastien Derrey

Le général thébain Amphitryon, au retour de la guerre, s’attend à ce que son épouse Alcmène lui fasse fête. Or celle-ci soutient qu’il est rentré la veille et peut lui décrire par le menu les transports amoureux auxquels ils se sont livrés. Le dieu Jupiter a en effet profité de l’absence d’Amphitryon pour prendre son apparence et sa place dans son lit. Les quiproquos s’enchaînent alors jusqu’à donner le vertige et la quête de vérité des personnages confère à la pièce un suspense haletant. Écrit comme une traduction-adaptation de la comédie de Molière, l’Amphitryon d’Heinrich von Kleist s’inscrit dans une longue histoire du mythe depuis l’Antiquité. Le dramaturge allemand s’éloigne du ressort essentiellement comique de l’illusion et se concentre sur la rencontre amoureuse entre Alcmène et le dieu travesti en Amphitryon : aime-t-elle le dieu ou l’homme ? Doit-elle choisir entre l’un et l’autre ? Comme dans un cauchemar, Alcmène, Amphitryon et son serviteur Sosie doivent se débattre contre des doubles destructeurs pour la reconnaissance de leur identité et de leur bonne foi. La mise en scène de Sébastien Derrey explore les ressources d’intelligence déployées par les personnages pour refuser le monde mensonger qui leur est imposé. Habitué à faire entendre des écritures contemporaines complexes, Sébastien Derrey, maître dans l’art de faire ressentir la voix d’auteurs rares, met pour la première fois sa finesse d’interprétation au service d’une pièce classique.
17-19 octobre 2016

Saga
Texte et mise en scène Jonathan Capdevielle, 

Comme une suite à cet autoportrait, Saga replonge dans son univers familial au début des années 1990. Aux souvenirs de l’artiste s’ajoute le témoignage de sa sœur, et ce double récit dialogue avec les scènes représentées et dialoguées sur le plateau, avec des chansons et de la vidéo. Nostalgie et drôlerie, scènes cruelles et scènes joyeuses, autant de morceaux de vie qui défilent sous les yeux des spectateurs, comme sortis en vrac du flux de la mémoire, avec ses fulgurances et ses tours de passe-passe. Les deux spectacles Adishatz / Adieu et Saga, constituent des variations sur le réel et le fictif, sur la matière théâtrale dont est faite la vie et sur la façon dont se nourrit un imaginaire artistique.
18-19 octobre 2016

Un amour impossible
Texte Christine Angot, mise en scène Célie Pauthe

Une femme entreprend de raconter la rencontre de ses parents, leur amour, liaison aussi intense que courte, à la fin des années 1950, entre une employée de la Sécurité sociale de Châteauroux et un Parisien érudit, issu d’une famille bourgeoise. Ils ont un enfant sans pour autant que le père accepte une relation conjugale qui unirait leurs deux classes sociales. Cette histoire d’amour est alors le prélude à une autre, celle qui unit la mère et sa fille, en  l’absence du père. Amour inconditionnel, socle d’une vie heureuse. L’enfant devenue adolescente, le père renoue avec elles deux des relations épisodiques. Lorsque, des années plus tard, la mère apprend que celui-ci abuse de sa fille depuis longtemps déjà, le choc est immense. Comment l’amour maternel – l’amour pour la mère et l’amour de la mère – peut-il y survivre, redevenir possible ? Comment le définir, le retrouver, à l’intérieur des perceptions enfouies ? Célie Pauthe a été bouleversée par la force du roman de Christine Angot, par les résonances profondes qu’il provoque en chacun de nous. Sur scène, mère et  fille – interprétées par Bulle Ogier et Maria de  Medeiros – réunies après des années conflictuelles, se parlent enfin. Ensemble, elles refont le chemin de la tragédie qui les a éloignées. Écartant le spectre de la culpabilité de la mère, qui n’a pas su voir ni dire, elles repensent leur histoire du point de vue du pourquoi, du socle politique et social, infiltrant insidieusement les conduites les plus intimes, sur lequel tout cela s’est bâti. Et cela donne une force immense. La force de ne pas se positionner comme victimes, mais plutôt comme décrypteurs, donc acteurs, d’une histoire en mouvement.
7-16 décembre 2016

Si bleue, si bleue, la mer
De Nis-Momme Stockmann, mise en scène Armel Veilhan

Au cœur d’une banlieue allemande des années 2000, où l’espoir semble ne pas avoir sa place, s’élève une parole de révolte et d’amour. Alcoolisme, suicides, délits en tous genres sont le lot commun d’une population d’exclus à qui tout est refusé, même une promenade au zoo. Mais le jeune auteur Nis-Momme Stockmann, dans Si bleue, si bleue, la mer, parvient à faire surgir une parole poétique de ce paysage bétonné. À travers le récit de Darko, précocement rongé par l’alcool mais qui rêve de voir les étoiles, on plonge dans la réalité des laissés-pour-compte du modèle allemand. Le confinement à la fois matériel et psychologique des habitants de ce « lotissement » est, pour le metteur en scène Armel Veilhan, symptomatique de l’actuelle crise européenne. Seul moyen d’en sortir : la soif d’ailleurs, qui permet de mettre des mots salvateurs sur ce que vivent les personnages. La générosité du récit laisse une grande place à l’amitié, avec le mutique Elia, et surtout à l’amour, pour Mok, jeune prostituée qui rêve d’aller en Norvège parce que la mer y est bleue, si bleue. La musique, partie intégrante de l’écriture du texte, témoigne de leur vitalité et exprime le lien qui unit les personnages entre eux et à leur génération. Sorte de Requiem-rock pour une génération sacrifiée, la mise en scène d’Armel Veilhan exalte le dynamisme rythmé de la prose poétique de Si bleue, si bleue, la mer.
10-13 janvier 2017

Meaulnes
D’après le roman d’Alain Fournier, un spectacle de Nicolas Laurent

Roman d’aventures, d’amour, d’amitié, mais aussi roman de l’enfance qui s’évapore, Le Grand Meaulnes d’Alain-Fournier a passionné des générations de lecteurs. Mêlant réalisme et merveilleux, évoquant avec une grande force poétique la réalité de la vie campagnarde, le roman exprime à la fois joie de vivre et mélancolie. «Tout paraissait si parfaitement concerté pour que nous soyons heureux. Et nous l’avons été si peu !...». Libre adaptation, le spectacle de Nicolas Laurent fait entendre la voix du récit romanesque, donne corps aux personnages principaux, tout en questionnant ouvertement les possibilités mêmes de cette adaptation. Quels échos cette histoire peut-elle éveiller en nous ? Comment blouses d’écoliers, carrioles et ombrelles peuvent-ils toucher des adolescents d’aujourd’hui ? Comme dans Les Événements récents, présenté au CDN de Besançon en 2015, Nicolas Laurent travaille sur les frontières entre illusion dramatique et mise en abyme de la situation théâtrale, en jouant sur les ressources esthétiques de la vidéo. Metteur en scène et comédiens passent de la narration à l’incarnation, de l’incarnation à l’interrogation distanciée, et de même que les personnages du roman, ils s’attachent à retrouver, par le théâtre, la fête perdue qui est au cœur du Grand Meaulnes. Sondant les rapports du théâtre au roman, de la réalité à sa représentation, de la fiction littéraire à la fiction sociale ou individuelle, Meaulnes (et nous l’avons été si peu) compose un paysage théâtral à la fois ludique et poétique.
24-28 janvier 2017

Providence
Texte Olivier Cadiot, mise en scène Ludovic Lagarde

Un homme et une femme, corps mouvants et voix changeantes, portent le récit de voix plurielles et passent d’un personnage à un autre – ou s’agit-il à chaque fois du même ? Dans Providence, Olivier Cadiot fait se succéder quatre récits d’identités instables, ou encore quatre facettes d’une identité d’auteur : un personnage s’en prend à l’auteur qui l’a créé puis abandonné et se fait l’ange annonciateur de sa fin prochaine ; un jeune homme découvre la modernité et expérimente le bonheur d’être transformé en vieille dame ; une jeune artiste perd ses illusions en contemplant son modèle devenu momie ; un vieil homme perdu doit prouver qu’il a toute sa tête. Depuis plus de vingt ans, Ludovic Lagarde construit autour de l’écriture d’Olivier Cadiot un vocabulaire théâtral singulier. L’expérimentation vocale et sonore, en collaboration avec l’IRCAM, s’allie à une recherche sur le mouvement pour créer une poésie théâtrale rare. Laurent Poitrenaux, partenaire scénique privilégié de cette aventure théâtrale au long cours, est pour cette nouvelle création accompagné de Clotilde Hesme et forme avec elle un paradoxal duo monologuant. Dans un parcours semé d’échos littéraires, musicaux et picturaux, Providence met en question la distance entre auteur, narrateur et personnage et interroge la nécessité et les limites de la fiction. Traversée de la modernité artistique de l’après-guerre à aujourd’hui – voire à demain ou après-demain –, la prose de Cadiot en offre différentes appréhensions, sombres ou joyeuses, mais toujours pleines d’humour.
31-janvier-1er février 2017

Songes et Métamorphoses
Un spectacle de Guillaume Vincent librement inspiré d’Ovidé le Songe d’une nuit d’été de William Shakespeare, traduction Jean-Michel Desprats

Entraîné par la farandole d’intrigues et de codes théâtraux que Shakespeare convoque dans Le Songe d’une nuit d’été, Guillaume Vincent réunit une troupe nombreuse et composite pour faire un double pari. Tout d’abord, mettre en scène le foisonnement shakespearien en exaltant l’hybridité des genres, comme s’il montait plusieurs pièces différentes : un spectacle musical inspiré de Benjamin Britten pour donner voix à la querelle entre le roi des elfes et la reine des fées, un spectacle de sortie d’école de théâtre en confiant les déboires du quatuor amoureux à de très jeunes acteurs, un théâtre d’improvisation sur canevas pour les scènes des artisans qui répètent Pyrame et Thisbé. Deuxième pari, composer, comme pour un opéra, une ouverture à ce Songe, en écrivant des variations sur le thème du théâtre amateur, à partir de l’une des sources de la pièce de Shakespeare : Les Métamorphoses d’Ovide, formidable bestiaire à fantasmes. Le théâtre amateur, c’est-à-dire le théâtre des amoureux du théâtre, mais aussi un théâtre à fonction sociale, un théâtre où l’on  n’oublie jamais les personnes derrière les personnages, un théâtre dont l’art n’est pas le seul but. Occasion de réfléchir à ce que peut l’art dramatique aujourd’hui, mais aussi grand spectacle festif et joyeux, Songes et Métamorphoses donne à voir le théâtre dans tous ses états.
9-12 février 2017

Nous partons pour ne plus…
Un spectacle de Daria Deflorian & Antonio Tagliarini

Quatre retraitées grecques sont retrouvées mortes. À côté de leurs cartes d’identité, elles ont laissé un mot : «Nous avons compris que nous sommes un poids pour l’État, pour les médecins, pour les pharmacies et pour toute la société. Nous partons pour ne plus vous donner de soucis. Vous allez faire des économies sur nos quatre retraites et vous vivrez mieux.» Le spectacle a pour point de départ cette image tirée du roman de Pétros Márkaris, Le Justicier d’Athènes, deuxième volet d’une «trilogie de la crise». Autour de ces quatre figures dont on ne connaît que le geste final, Daria Deflorian et Antonio Tagliarini s’interrogent :  qui sont ces femmes ? Quelle vie a été la leur ? Pourquoi ont-elles fait ce choix ? Et en tant qu’acteurs, comment représenter sur scène ces vies et cette mort ? Au cœur de la crise économique, l’âge de ces femmes, leur isolement, leur vulnérabilité les placent à la marge d’une société qui impose l’utilité comme critère d’appartenance. Réfléchir à la façon dont ces femmes ont pu dire non, c’est aussi tenter de penser le rôle des artistes, souvent renvoyés à leur « inutilité » sociale. Nous partons pour ne plus vous donner de soucis joue avec l’impuissance théâtrale en déconstruisant avec humour les liens entre crise économique et crise de la représentation. De façon ludique, les quatre acteurs sur scène donnent alors à la représentation une fonction essentielle : essayer de faire un geste ensemble.
Spectacle en italien surtitré en français.
7-9 mars 2017

Soubresauts
Mise en scène et scénographie François Tanguy

Après Passim, présenté au CDN de Besançon en 2014, les artisans-poètes du Théâtre du Radeau reviennent avec un nouveau poème théâtral. Comme le suggère le nom de la compagnie, chacun de ses spectacles offre un voyage sur un frêle esquif qui déroule sous les yeux des spectateurs des paysages scéniques mystérieux et toujours en perpétuelle métamorphose. Mirage miroitant ou continent lointain caressé par les flots de l’imaginaire, la scène du Radeau rassemble des fragments d’une mémoire composite faite d’images picturales, d’épanchements poétiques, de trouées lyriques. Un ballet de châssis, d’armoires, de chaises, de tables, compose et décompose des figures dans lesquelles corps et voix des comédiens font comme des apparitions. Dans ce théâtre de la mémoire se crée une temporalité hors du quotidien, où peuvent se croiser «Flaubert à Croisset, Hoess pendu à Auschwitz, Grossman à  Stalingrad, Jeanne au bûcher, Van Gogh à Auvers, Bach à Leipzig, Goethe à Weimar, Robespierre à l’échafaud, Schubert à Vienne, Artaud au Mexique, Montaigne à cheval, Œdipe chez Freud, la relativité générale entre l’orteil de Leibniz et le violon d’Einstein.»
Le sublime et le bouffon, la gaieté et la nostalgie se mêlent pour tracer la voie d’un songe éveillé. Avec Soubresauts, François Tanguy et ses comédiens partagent généreusement avec les spectateurs les secousses qui font dévier nos perceptions habituelles et ouvrent des horizons d’une force plastique et affective inouïe.
14-17 mars 2017

Hearing
Texte et mise en scène Amir Reza Koohestani

Dans un internat de jeunes filles, en Iran, le bruit court qu’une pensionnaire a introduit un homme dans sa chambre. Un rapport écrit a, semble-t-il, été remis aux autorités, sans que l’on sache de qui il émane. Amir Reza Koohestani construit Hearing autour de l’interrogatoire des intéressées par leur surveillante. «Hearing», c’est l’ouïe, ce que l’on entend : personne n’a vu l’homme entrer dans le bâtiment, sévèrement gardé, mais l’une des filles a entendu rire à travers une porte. Ce que l’on entend, ce sont aussi les voix qui s’ébruitent sans qu’on sache qui les a fait circuler, et qui suggèrent l’ombre d’une surveillance diffuse et sans visage. «Hearing», c’est encore le mot qui désigne une audition en cour de justice, où l’on entend accusés et témoins s’expliquer, où les voix s’affrontent : comme au sein de l’interrogatoire représenté sur scène, comme dans le conseil de discipline qui pèse sur la jeune femme soupçonnée. Que peut le théâtre pour raconter une histoire dont on ne voit rien ? Une histoire dont personne n’a rien vu ? Que peut dire le théâtre de la surveillance quand, dans le pays de création, les premiers spectateurs sont des censeurs ? À propos d’une voix masculine, quatre voix féminines se font entendre, et entre les mots où s’entrecroisent vérité et mensonge, courage et mauvaise foi, affleurent les non-dits, les carcans et les espoirs de la société iranienne d’aujourd’hui.
21-24 mars 2017

Ludwig, un roi sur la Lune
Texte Frédéric Vossier, mise en scène Madeleine Louarn

Louis II de Bavière, à la fois personnage historique et mythe romantique, a fasciné les générations qui lui ont succédé autant qu’il avait suscité l’incompréhension de son vivant. Devenu roi à l’âge de dix-huit ans, pris dans un carcan social d’une extrême rigueur, il oscille toute sa vie entre un retrait angoissé du monde et des tentatives de joie désespérées. Grand admirateur de la musique de Wagner, bâtisseur de châteaux dignes de contes de fées, amoureux des arts au point de ne plus distinguer le réel de la fiction, Louis/Ludwig finit par être destitué après avoir été déclaré paranoïaque. De cette figure légendaire naît le spectacle de l’atelier Catalyse, dirigé par Madeleine Louarn, qui rassemble, depuis trente ans, des comédiens handicapés mentaux engagés dans un processus de création professionnelle. Le personnage d’un roi inadapté à sa fonction, qui porte dans son corps la sensation d’une profonde étrangeté au monde qui l’entoure, permet de creuser des questions relatives à la norme et à la marginalité qui sont au coeur de la démarche artistique de Catalyse. Accompagnés par l’auteur Frédéric Vossier, le musicien Rodolphe Burger, les chorégraphes Loïc Touzé et Agnieszka Ryszkiewicz, les comédiens invitent les spectateurs à un voyage dans l’espace de rêve et de fantasme que suscite le mystère dont Ludwig est entouré.
4-6 avril 2017

Mayday
Texte Dorothée Zumstein, mise en scène Julie Duclos

Mary Burns, dite May, a dans son enfance tué deux petits garçons. Jugée, condamnée, puis relâchée à l’âge adulte après douze ans de prison, elle a dû changer d’identité pour fuir les journalistes. Afin de se défaire des fantômes du passé qui hantent ses cauchemars, Mary accepte de donner une interview, faisant surgir d’autres personnages féminins : témoignent à leur tour sa mère, sa grandmère et celle qu’elle était à l’âge de dix ans. Inspirée d’un fait divers survenu dans le nord de l’Angleterre en 1968, la pièce de Dorothée Zumstein sonde la mémoire d’une femme pour en dévoiler les connexions oniriques. Durant la représentation, l’entretien a lieu en direct et est projeté sur scène. Il propulse les spectateurs dans la tête de Mary, mais aussi dans son corps, dans des zones de son histoire qui ont marqué sa vie sans qu’elle en ait une connaissance consciente. MayDay est en effet l’histoire d’une série de secrets, tus plutôt que transmis de mère en fille, où le récit se mêle au rêve pour tenter de briser la fatalité tragique de la lignée. Pour donner corps à l’écriture fragmentée de Dorothée Zumstein, Julie Duclos fait résonner voix, images et vidéo, dans un lieu aux frontières floues, terrain vague laissant apparaître des restes de maisons abandonnées, de l’eau, des blocs de béton, des morceaux de plancher… Après Nos serments, créé au CDN de Besançon en 2014, elle approfondit son travail de recherche d’un théâtre nourri d’improvisations, qui fait résonner le personnage à l’intérieur de l’acteur, et l’acteur à l’intérieur du personnage.
11-14 avril 2017

jEbRûLE
Un spectacle de et avec Marie Payen

Une voix, qui ne sait pas à qui elle appartient, répond à une question qu’elle n’entend pas et raconte une histoire qu’elle a oubliée. Seul fil conducteur : la disparition du père. Personnage orphelin, tout comme le spectacle n’a pas de metteur en scène, la voix déploie dans le présent les spectres d’une histoire fantasmée. Seule en scène, avec pour partenaires de jeu les guirlandes entremêlées de bandes magnétiques, Marie Payen déroule l’histoire d’un monde sans origine, invente une forme à un passé dissout dans l’oubli. Spectacle sur les failles de la mémoire, jEbRûLE rejoue chaque soir le mécanisme de ces failles en flirtant avec le vide : rien n’est fixé à l’avance, le texte comme les mouvements sont improvisés, à chaque représentation tout est possible et tout est à faire. jEbRûLE comme ce qui part en fumée, mais aussi comme ce qui est plein de désir, comme ce qui approche du but sans jamais l’atteindre tout à fait. jEbRûLE et non «je brûle», parce que dans cette incandescence même la grammaire a été perdue et la langue doit se consumer pour mieux se réinventer. Le spectacle fait le pari audacieux d’une mise en danger maximale pour la comédienne : se lancer dans un récit qui à tout moment risque de se perdre, fonder sa présence sur l’écoute des spectateurs, déplacer leurs attentes et faire des trous de sa mémoire la caisse de résonance de leurs émotions les plus profondes.
2-18 mai 2017


Pratique

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