ODEON - THEATRE DE L'EUROPE

Proces
[Le Procès]
d'après Franz Kafka
mise en scène Krystian Lupa
en polonais, surtitré en français — durée estimée 4h30 (avec deux entractes)
dimanche 30 septembre 2018 - Odéon 6e
L’élaboration de ce spectacle ambitieux, qui réunit près de vingt interprètes en scène et se nourrit aussi de la correspondance et du Journal de Kafka, aura été particulièrement difficile. Suite à la situation politique en Pologne, Kristian Lupa s’est longtemps vu contraint d’en suspendre les répétitions. Le destin de Joseph K., sa “lutte inégale avec l’Inconnu”, ont pu lui paraître “étrangement proches des absurdités et des dialogues de notre réalité polonaise actuelle”. Le soutien international de nombreux théâtres, tout particulièrement en France, lui permit cependant de mener à bien son projet. L’urgence du message et la profondeur évocatoire de ce Procès débordent d’ailleurs le seul cadre national : “face à une crise des valeurs européennes”, conclut Lupa, “et face à la menace qui pèse sur la liberté individuelle, nous voulons que cette performance soit une voix commune sur l’avenir.”

Les Démons
d’après Fédor Dostoïevski
mise en scène Sylvain Creuzevault
artiste associé
durée estimée 3h (avec un entracte)
21 septembre – 21 octobre - Berthier 17e
Dostoïevski avait d’abord conçu Les Démons comme une œuvre de dénonciation et de combat, mais son génie visionnaire l’emporte. Le roman devait faire l’autopsie d’un certain nihilisme révolutionnaire débouchant sur le terrorisme. Au bout de trois ans d’écriture, toutes les figures de cette intrigue foisonnante, qu’elles soient conservatrices ou progressistes, ont conquis leur part d’ombre et leur épaisseur propre. Ce qui aurait pu n’être qu’une satire politique devint ainsi un chef-d’œuvre d’écriture plurielle : à la fois feuilleton au long cours et plongée hallucinée dans les ténèbres intérieures. Cette puissance d’une “mise en dialogue” généralisée, ici prise en charge par une distribution brillante, est au cœur du projet de Sylvain Creuzevault, qui poursuit son exploration (commencée en 2009 avec Notre terreur) des turbulences provoquées par l’invention moderne du politique, entre sacre de l’individu et toute-puissance du social. 

LOVE
texte et mise en scène Alexander Zeldin
en anglais, surtitré en français — durée 1h30
5 – 10 novembre - Berthier 17e
Nous sommes en Grande-Bretagne, dans un local loué par les services sociaux. Il abrite quelques personnes de tous âges et de diverses origines : migrants, chômeurs ou retraités sans ressources. L’endroit est inconfortable mais passager, le temps de pouvoir reloger (du moins en principe) ceux qu’il accueille. Alexander Zeldin nous propose d’entrer sous son toit et d’y partager en toute proximité quelques moments drôles et touchants, profondément humains. 

L'École des femmes
de Molière
mise en scène Stéphane Braunschweig
création — durée estimée 2h
9 novembre – 29 décembre - Odéon 6e
Lue d’aujourd’hui, L’École des femmes distille un fort malaise. Malaise devant la folie totalitaire d’Arnolphe, qui a tenu à l’écart du monde une jeune fille depuis ses quatre ans dans le projet de l’épouser; malaise devant l’ignorance de cette jeune fille, dont on ne sait si elle relève d’une inadaptation au monde ou d’une ruse de survie. Cette situation d’enfermement, à la fois physique et idéologique, est d’une violence rare; la cruauté qui en découle va peu à peu se retourner contre Arnolphe avec l’intensité des cauchemars. Toute la pièce se déroule devant la maison qui “abrite” Agnès. Mais Molière a ménagé de mystérieuses ellipses entre les actes, pour des scènes qui se passent dans le secret de la maison, et qui seront ensuite – plus ou moins…– racontées. Autant d’espaces de fantasme et d’appels à s’engouffrer dans le roman caché de la pièce. Comme il l’avait fait pour Tartuffe (Odéon, 2008), c’est ce roman que Stéphane Braunschweig se propose d’explorer. Au théâtre d’entrebâiller les volets fermés – pour découvrir peut-être une autre Agnès, celle qui échappe au fantasme d’Arnolphe – et de faire résonner le comique, aussi noir qu’étrange, de la folie moliéresque.

Joueurs, Mao II, Les Noms
d’après Don DeLillo
mise en scène Julien Gosselin
Cie Si vous pouviez lécher mon cœur
durée estimée de l’intégrale 9h (avec deux entractes)
17 novembre – 22 décembre - Berthier 17e
Voilà plus de cinquante ans que l’Américain Don DeLillo bâtit une œuvre immense, protéiforme, pareille à un relevé sismographique des états de notre planète. Julien Gosselin a choisi d’opérer une coupe verticale pour y prélever trois échantillons datant de trois décennies différentes. Joueurs (1977) ne quitte qu’à peine New York afin de suivre à la trace la dérive d’un trader dont un collègue se fait abattre en pleine salle des marchés. Les Noms(1982) s’ouvre au pied de l’Acropole sur les confidences du membre d’“une sous-culture d’hommes d’affaires en transit, vieillissant dans les avions et les aéroports”, côtoyant d’étranges sectes et la menace disséminée des attentats et des enlèvements. Enfin, dans Mao II (1990), un vieil écrivain solitaire se laisse aspirer par le vortex de la guerre civile au Liban, au cœur de laquelle un jeune otage, la tête encagoulée, sombre dans une attente où se dissout son identité. 

Les Idoles
un spectacle de Christophe Honoré
durée estimée 2h30
11 janvier – 1er février - Odéon 6e
Les deux dernières décennies du XXe siècle resteront dans l’Histoire comme “les années sida”. La génération à laquelle appartient Christophe Honoré fut la première à parvenir à l’âge adulte en étant pleinement consciente de cette menace. Honoré a eu vingt ans en 1990, l’année de la mort du cinéaste Jacques Demy. L’année aussi où le chorégraphe Dominique Bagouet créa Jours étranges, dont Honoré vit trois ans plus tard une performance posthume. Bernard-Marie Koltès avait succombé un an plus tôt; un an plus tard, Hervé Guibert était emporté à son tour. Cyril Collard s’apprêtait à tourner Les Nuits fauves, sorti en 1992 – tandis que disparaissait le “ciné-fils” Serge Daney, trois ans avant la mort de Jean-Luc Lagarce... 

Arctique
un spectacle d’Anne-Cécile Vandalem
Das Fräulein (Kompanie)
durée 2h10
18 janvier – 10 février - Berthier 17e
Nous sommes en 2025. Demain a déjà commencé. Le réchauffement climatique a fait du Groenland le dernier Eldorado. Libérées par la fonte de la calotte glaciaire, ses formidables réserves d’uranium, de terres rares, de gaz et de pétrole aiguisent les appétits. À bord de l’Arctic Serenity, ancien navire de croisière remorqué vers l’île pour y être transformé en hôtel de luxe, quelques passagers clandestins se sont glissés dans l’espoir de fuir une Europe ravagée par les guerres. Mais le remorqueur abandonne l’Arctic Serenity dans les eaux internationales. Dès lors, rien ne se passe comme prévu. Aux sons d’un mystérieux orchestre, les émigrants du vieux monde partent à la dérive... 

Am Königsweg
[Sur la voie royale]
d’Elfriede Jelinek
mise en scène Falk Richter
en allemand, surtitré en français — durée 3h30 (avec un entracte)
20 – 24 février - Odéon 6e
“Attention, place au nouveau roi!” La nuit même où Donald Trump était élu président des États-Unis, Elfriede Jelinek a entamé l’écriture de sa nouvelle œuvre. Mais Am Königsweg est très loin de se réduire à un règlement de comptes entre le “génie stable” du milliardaire américain et l’écrivaine autrichienne, prix Nobel de littérature 2004: elle est la pièce politique du moment. Peu importe le nom réel du dernier souverain en date, il porte ici assez de titres – il est le champion, le vainqueur, le guide, le triomphateur, le père, le mâle, le sauveur, le dieu. Il incarne une histoire millénaire: celle de l’autoritarisme, de l’exclusion, de la violence, de la haine agressive de toute pensée. D’où cette histoire nous revient-elle, se demande Jelinek avec une humble perplexité non dénuée d’autodérision, et comment ne l’avons-nous pas vue revenir, “alors même que des millions en ont crevé”? Dès le début du spectacle, elle fait son entrée en prophétesse aveugle, saignant de la bouche et des yeux, n’y voyant pas plus clair que Sa vulgaire Majesté

La Trilogie de la vengeance
texte et mise en scène Simon Stone
artiste associé
d’après John Ford, Thomas Middleton, William Shakespeare
création
8 mars – 21 avril - Berthier 17e
Shakespeare, Middleton ou Ford ont inventé une manière nouvelle de représenter la violence, dont l’influence se fait encore sentir aujourd’hui à la télévision ou au cinéma. Mais du même coup, et en
particulier dans leurs “tragédies de la vengeance”, c’est un certain partage des rôles entre masculin et féminin qui est reconduit jusqu’à nos jours. Un partage en vertu duquel les femmes sont traitées en criminelles ou en victimes. Infâmes à moins d’être innocentes. Souvent objets, à peine sujets, quasiment toujours aliénées. Actives, elles sont transgressives : leur volonté d’indépendance est un crime de lèse-majesté patriarcale qui doit être châtié. Et passives, elles sont livrées à l’agression des mâles. 

Le Pays Lointain
de Jean-Luc Lagarce
mise en scène Clément Hervieu-Léger
durée 4h (avec un entracte)
15 mars – 7 avril - Odéon 6e
Le Pays lointain est la dernière pièce de Lagarce et son ultime variation sur un thème qui l’occupa toute sa vie: le retour de l’enfant prodigue parmi les siens. Présent et passé s’y mêlent, dessinant les vingt dernières années de la vie de Louis, qui n’en finit pas de vouloir annoncer sa mort prochaine. Ni époque ni lieu, seulement une liste de onze rôles magnifiques: le père, la mère, Antoine le frère, Suzanne la sœur, ou encore Catherine la belle-sœur. Mais Le Pays lointain n’est pas qu’une histoire de famille. C’est aussi la chronique des amours de Louis, où tout un cortège de silhouettes plus ou moins fugitives reviennent tour à tour le visiter... 

Un ennemi du peuple
d’Henrik Ibsen
mise en scène Jean-François Sivadier
durée estimée 2h30
10 mai – 15 juin - Odéon 6e
Tout commence très bien: Peter Stockmann, le préfet, administre l’établissement de bains qui fait la richesse de la ville; son frère Tomas, le médecin, est l’un de ses principaux employés et le garant de la qualité des soins offerts aux curistes. En apparence, ils s’accordent donc sur l’essentiel. Pourtant tout les oppose, et il suffit d’une étincelle pour qu’explose leur rivalité, lorsque Tomas découvre que les eaux de l’établissement sont contaminées… 

Cataract Valley
d'après Jane Bowles
un projet de Marie Rémond
adaptation et mise en scène Marie Rémond et Thomas Quillardet
durée estimée 2h
17 mai – 15 juin - Berthier 17e petite salle
De son vivant, Jane Bowles n’a publié que trois livres. Ils suffisent à lui valoir l’admiration de ses pairs : son époux, Paul Bowles, mais aussi Tennessee Williams ou Truman Capote. Son humour énigmatique a la grâce des ponts jetés sur les abîmes. Ses intrigues reposent sur des non-dits, des secrets, des désirs mal compris ou à demi inavouables. 

Saigon
un spectacle de Caroline Guiela Nguyen
artiste associée
durée 3h15 (avec un entracte)
5 – 22 juin - Berthier 17e
Dans Saigon, une douzaine de comédiens de tous âges, français et vietnamiens, professionnels ou non, créent ensemble une œuvre où parler de “deux mondes qui se sont croisés, aimés, détruits puis oubliés depuis maintenant soixante ans”, donnant corps à “cette France qui doit se raconter au-delà de ses propres frontières”. Il peut leur suffire d’un instant, d’un détail fugace – l’accent d’une chanson interprétée en karaoké, l’ingrédient d’une recette de cuisine, le glissement d’une langue à l’autre – pour réveiller un écho de la grande Histoire, et pour nous rappeler que “nous sommes faits d’autres histoires que la nôtre, nous sommes faits d’autres blessures que les nôtres”. 

Mon grand amour
un spectacle de Caroline Guiela Nguyen
artiste associée
Compagnie Les Hommes Approximatifs
hors les murs — durée 50 minutes
juillet - En appartement
En marge de Saigon, et en même temps, la compagnie Les Hommes Approximatifs a créé une variation en mode mineur, présentée dans un appartement apparemment sans histoire, que le théâtre, en moins d’une heure, charge comme une pile. Caroline Guiela Nguyen y introduit trois récits. À quelques pas des spectateurs, chacun d’entre eux marque les murs de sa propre empreinte. Nous rencontrons d’abord un policier qui a consacré sa vie à son travail. À la suite d’une bavure, le voilà mis à pied, expulsé du commissariat. Il vient de le comprendre. Nous croisons aussi une femme qui a choisi de mettre fin à son couple. Au téléphone, elle explique pourquoi à sa tante. Elle a 55 ans et parle vietnamien. Le troisième récit reste à inventer: dans chaque ville, la metteuse en scène invite un comédien amateur à rejoindre et à compléter le projet. 

Pratique


Théâtre de l'Odéon 
Entrée du public : Place de l'Odéon, Paris 6e

Ateliers Berthier
Entrée du public : 1, rue André Suares, Paris 17e (angle du bd Berthier)


Information : 
+33 1 44 85 40 40

Site internet :

www.theatre-odeon.eu